Mardis du Luxembourg Archives - Marketing is Dead
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Mardis du Luxembourg

À l’ouest, et partout ailleurs, toujours rien de nouveau #4

4ème épisode de ma contribution à L’Horrificque Disputatio, ouvrage collectif des Mardis du Luxembourg.


APRES LA 5EME PANDEMIE

Le chat de Schrödinger 

C’était après la 5ème pandémie : la flèche du temps s’était brisée, l’époque semblait devenue quantique.

Le monde était devenu comme le chat de Schrödinger : on ne savait plus trop où se situait, non pas la vérité – ça, on y avait renoncé depuis longtemps – mais la réalité, les amis morts et ceux que l’ont pensait disparus et qui réapparaissaient, mais pas seulement …

On se réveillait le matin avec une plus ou moins claire vision des choses, le soir tout apparaissait différent – et pourtant, on avait l’impression que rien n’avait changé entre temps … et surtout pas soi-même : on était toujours soi-même et pourtant, on ne l’était plus vraiment.

Le monde semblait devenu quantique : bien sûr, cela ne signifiait évidemment pas que dans notre quotidien, la mécanique quantique l’emportait définitivement sur la relativité Einsteinienne, seul un auteur de science-fiction tel que Liu Cixin avec ses macro-électrons aurait pu l’imaginer.

Non, la pensée quantique n’avait pas débordé dans le monde macroscopique : elle s’était doucement infiltrée dans les sciences humaines, avait gagné la psychologie, la sociologie, l’ethnologie … là où l’attendait le moins.

L’un après l’autre, les virus s’étaient attaqué au corps social, qui s’était soudain révélé instable, comme rongé à son tour de l’intérieur ; un jour, un sociologue – mais nul n’en avait vraiment revendiqué la paternité, un peu comme si le terme était apparu trop vulgaire – avait utilisé le terme de « quantique » pour qualifier notre société … et l’expression s’était révélée comme une évidence : nous vivions dans un monde quantique !

La citation du physicien Richard Feynman : « Si vous croyez comprendre la mécanique quantique, c’est que vous ne la comprenez pas » semblait parfaitement adaptée à cette sociologie nouvelle en pleine ébullition, ou plus simplement aux nouveaux modes de vie, aux nouvelles relations humaines.

Sans doute cette incompréhensibilité nouvelle provoqua-t-elle la fuite de bien des jeunes vers les métavers, ces multiples mondes virtuels parallèles où tout se révélait si simple … peut-être simplement parce que ceux qui les avaient pensés venaient du « monde d’avant » – enfin d’un « monde d’avant » … mais lequel ?

Il n’était pas rare de rencontrer, affalés sur un banc public ou à la terrasse d’un café, des individus totalement absents, la tête coiffée de leur casque de réalité virtuelle ; mais la plupart du temps, ils ne sortaient plus … voire ne quittaient quasiment plus leurs appareils : des entreprises s’étaient créées dans les métavers, on pouvait y travailler, s’y faire des amis, presque fonder un foyer !

Montcuq

C’est dans ce contexte polymorphe que Niels décida de quitter Paris pour Montcuq : ce village du Quercy-Blanc avait été désigné par une majorité d’internautes pour occuper la case de la Rue de la Paix sur la grille d’un Monopoly des villes de France lors d’un scrutin en ligne organisé en 2007 par Hasbro, fabricant du célèbre jeu de société.

C’était une époque un peu folle, où l’on parlait du Web comme d’une immense plateforme de discussion, d’échanges, voire de création – on appelait ça, le Web 2.0. Bien sûr Niels était bien trop jeune pour avoir connu cette période mythique, mais il en avait parlé avec des parents, des amis, s’était documenté.

C’était une époque un peu folle, un monde de Bisounours où l’on croyait que tout le monde allait pouvoir dialoguer d’égal à égal – en P2P, disait-on –, consommateurs et marques, puissants et individus lambda, politiques et citoyens.

Par delà ce Web 2.0, on avait même imaginé un autre monde, un « Monde 2.0 », très justement nommé Second Life, un univers en 3 dimensions où les marques se construisaient des iles et où les gens – ou du moins, leurs avatars – se déplaçaient en volant d’ile en ile.

Les marques, mais aussi les politiques : les candidats à l’élection présidentielle de 2007 avaient chacun la leur, où leurs supporteurs diffusaient leurs tracts virtuels et où ils venaient de temps à autre tenir un meeting, par avatar interposé bien évidemment.

Ce « Monde 2.0 » n’avait hélas pas vraiment tenu ses promesses : déjà Hasbro avait fait un bras d’honneur à ses aficionados en préférant Dunkerque, arrivé second du vote en ligne, à Montcuq, suscitant aussitôt un vague d’indignation sans précédent sur la toile.

Et à l’altruisme des pionniers succédaient opportunisme et coups fourrés : les rumeurs les plus aberrantes séduisaient les naïfs, les révisionnistes infiltraient les sites de « journalisme citoyen » comme Agoravox, se mettait en place tout un écosystème de Fake News qui allaient ensuite exploser grâce à Facebook et aux réseaux sociaux.

Quand à Second Life dont les marques se sont assez rapidement enfuies faute de clients, l’ancêtre des métavers ne s’est jamais pleinement déployé : technologie poussive – les décors arrivaient après les avatars, on volaient dans des espaces désespérément vides – et manque de ressources financières – casinos interdits, prostitution sévèrement réglementée – ont rapidement sonné le glas.

Si Niels tenait tant à se rendre à Montcuq, c’est que juste avant le confinement qui avait suivi l’apparition de la 5ème pandémie, il avait reçu un texto de sa copine Albertine : « Vais faire du cheval chez des amis à Montcuq, rejoins-moi dès que tu peux – love » ; manque de chance, deux jours après, il était bloqué à Paris.

À l’ouest, et partout ailleurs, toujours rien de nouveau #3

3ème épisode de ma contribution à L’Horrificque Disputatio, ouvrage collectif des Mardis du Luxembourg.


Petit flashback incertain

L’annonce d’un confinement général de la population le 16 mars avait surpris les Français : quelques jours auparavant on se gaussait encore – très – discrètement des Italiens après s’être plus ouvertement moqué des Chinois – des populations encore primitives, surtout dans les campagnes où l’on se nourrissait de toutes les bêbêtes qu’on avait sous la main.

On naviguait – ou plutôt nos gouvernants naviguaient – en plein brouillard, et on nous bombardait de consignes contradictoires : des masques, non surtout pas de masques, mais si des masques ; grosse grippette ou catastrophe planétaire ?

Avec pour seule certitude, après le confinement, le bout du tunnel … ou pas … mais enfin, on pouvait espérer, y croire.

Mais il y avait comme une sorte d’élan national : tous unis contre la maladie bien sûr, mais aussi vers une meilleure société qui allait nécessairement se construire dans ce que l’on nommait déjà … le monde d’après.

Problème, c’est que de longs mois après – et après une période estivale de semi insouciance – le monde d’après, on n’en voyait pas le début d’un commencement … sinon dans les discussions philosophiques du coin du feu !

Bref, on s’engluait dans la pandémie … mais bon, on avait un ennemi commun et même si on découvrait – mais était-ce une totale surprise – que l’on n’avait pas de bons généraux, on espérait bien un jour « gagner la guerre » : après tout, on avait bien gagné les dernières – enfin, les mondiales, pas les coloniales.

On avait le bon droit pour soi … même si franchement, que pèse le « bon droit » face à un coronavirus ?

On faisait corps, même si la belle union nationale réclamée par les stratèges se dépiautait chaque jour un peu plus … quand un autre état d’urgence est revenu frapper à la porte – ou plutôt, nous est revenu en pleine figure comme un boomerang avec l’assassinat d’un professeur d’histoire à Conflans Sainte-Honorine.

Avec le procès des complices des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, et l’agression au hachoir près des anciens locaux du journal, on avait bien un peu replongé dans la vague d’horreur de 2015 – mais tout cela, c’était du passé, un problème à la fois !

Et voilà que tout se mélangeait : état d’urgence d’hier, devenu permanent parce que désormais inscrit dans la loi ordinaire, et nouvel état d’urgence sanitaire, on avait la tête sous l’eau, on vivait dans la confusion totale. Et dans les médias, l’attentat de Conflans « effaçait » le Covid-19, avant que le Covid-19 et son couvre-feu « n’efface » à nouveau l’attentat de Conflans.

Un auteur me revient à l’esprit – ou plutôt le titre d’une de ses dernières pièces : Ce formidable bordel !, d’Eugène Ionesco – et si finalement tout ça n’était qu’une énorme farce ?

Peu à peu le monde – notre monde –, hier si simple s’enfonçait dans l’incertain ; du temps de Marx, l’histoire avait un sens – comme le résumait le Manifeste du parti communiste – avec la victoire du prolétariat comme seule issue ; puis vinrent les Trente Glorieuses, et sa flèche barométrique pointant désormais vers un inéluctable progrès, technologique et sociétal …

« No future » braillaient les Sex Pistols : on y est désormais, et plus aucune divinité ne sauvera la reine.

Plus besoin de critiquer la raison pure ou la raison pratique : plus aucune raison ne dirige désormais le monde ; d’ailleurs « La raison, c’est la folie du plus fort. La raison du moins fort, c’est de la folie », nous rappelait le même Eugène dans son Journal en Miettes

Où va-t-on ? Nul ne sait, mais un peu partout à la fois sans doute. Non, on ne sait plus vraiment où l’on va, mais on y va, c’est certain, on y courre … quoi qu’il y en ait qui s’arrêtent, d’autres mêmes qui reculent.

Intermède musical

Le monde délire, c’est certain … et il arrive un moment où l’on se sent incapable d’illustrer ce que l’on ressent avec des mots ; j’ai glissé çà et là au creux de ces lignes quelques images pour préciser mes sentiments, des images glanées au cours de pérégrinations.

Au cours de pérégrinations … car il fut une époque où l’on pouvait voyager sans contraintes aux quatre coins de la planète – ou presque : restait encore la Corée du Nord et quelques zones de conflits qu’il fallait mieux éviter.

Mais on pouvait visiter les Pyramides de Gizeh, les temples d’Angkor, les chutes du Zambèze, sauter par-dessus le Mur de Berlin : tout cela sans grandes formalités, sans avoir à attendre un hypothétique visa politique ou sanitaire !

Aujourd’hui, ces photos ne suffisent plus à exprimer quelque détresse – même ces magnifiques rosaces de squelettes, en provenance de l’église de San Francisco, à Lima.

J’éprouve comme une sensation d’insécurité, de froid – d’angoisse ; me reviennent les paroles d’une vieille chanson de Pink Floyd, Astronomy Domine[1], composée par Syd Barrett – le guitariste improbable, capable de passer un concert entier à ne jouer qu’un accord …

Comme s’il avait d’autres mondes en tête, s’il vivait d’autres vies en parallèle : Syd Barrett, le 1er musicien quantique ?

Lime and limpid green, a second scene
Now fights between the blue you once knew
Floating down, the sound resounds
Around the icy waters underground
Jupiter and Saturn, Oberon, Miranda and Titania
Neptune, Titan, stars can frighten

Il est temps d’effectuer un – petit … ou pas ? – bon en avant, et de nous replonger dans la France de l’après. D’après la 5ème pandémie.

Et pour cette période, je n’ai plus aucune chanson pour l’illustrer !


[1] Les bienheureux qui liront la version électronique de ce livre n’auront qu’à cliquer sur le lien pour écouter Astronomy Domine, la version originale de The Piper At The Gates Of Dawn ; pour la version papier, il suffit de scanner le QR Code qui sui les paroles.

À l’ouest, et partout ailleurs, toujours rien de nouveau #2

2ème épisode de ma contribution à L’Horrificque Disputatio, ouvrage collectif des Mardis du Luxembourg.


… et les GAFA ?

Les GAFA se portent bien, et même de manière scandaleuse pour Amazon dont le chiffre d’affaires explose … mais se comporte, humainement parlant, comme une entreprise du 19ème siècle !

Les confinés s’ennuient : finies les concerts, les cinés, les happy hours entre copains à la terrasse des bistros ! Alors, on se fait des apéros virtuels, on prend des nouvelles de ses amis via ses réseaux sociaux habituels, on suit ses artistes préférés sur YouTube … pour le plus grand bénéfice des Google et autres Facebook !

L’incertitude constitue un terreau favorable aux fake news … comme chacun le sait profitent à tous ceux qui vivent du trafic sur le Web : suivez mon regard !

De nombreux confinés télé-travaillent, et là aussi, c’est banco pour les Zoom, Microsoft, Google, etc. ; et comme après le travail à distance n’est pas prêt de s’arrêter après le déconfinement, l’avenir s’annonce tout aussi radieux que le présent pour ces acteurs.

Mais il serait injuste de dire que les GAFA – au sens élargi – se contentent de surfer passivement sur la crise pour engranger des bénéfices : ils préparent très activement l’après.

Pour cela, ils travaillent main dans la main avec les gouvernements pour faciliter la mise au point d’outils numériques de traçage des contacts, comme TraceTogether et autres StopCovid : ils ne peuvent que profiter d’une banalisation de tels dispositifs de traçage, alors qu’eux-mêmes se situent aujourd’hui bien souvent hors des clous – ou des zones d’ombre bien pratiques – quant à leurs pratiques de flicage des citoyens.

Les GAFA s’apprêtent à prendre – encore plus – le pouvoir … mais dans les faits, ils se considèrent déjà au-dessus des dirigeants démocratiquement élus : ainsi, on peut penser ce que l’on veut du président brésilien Jair Bolsonaro – et personnellement, je n’en pense pas grand bien – mais il n’en reste pas moins le président démocratiquement élu de son pays.

Twitter s’est permis le 29 mars de supprimer deux tweets de son compte officiel dans lesquels il remettait en cause l’efficacité du confinement décidé pour lutter contre le Covid-19 : on peut juger Bolsonaro incompétent, voire débile profond, on peut contredire ses propos, les commenter … mais il n’en reste pas moins qu’il possède une légitimité autre que celle des censeurs de Twitter.

Depuis le réseau social s’est également engagé dans un bras de fer avec le président américain, masquant certains de ses messages parce qu’ils enfreignaient certaines de ses règles ; et en Août, tout comme Facebook, il supprimera une vidéo de Donald Trump arguant que les enfants ne peuvent quasiment pas contracter le Covid-19.

Guerre et guérilla

Toute guerre entraîne ses dommages collatéraux : dans les guerres classiques, ce sont les populations civiles qui souffrent,  dans la présente, ce sont tous ceux qui vivent en marge de la société : on a quand même vu des policiers verbaliser des SDF sous prétexte qu’ils n’étaient pas confinés … chez eux ?

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Bien sûr le tir a rapidement été rectifié sous la pression des associations notamment, mais la gent soldatesque reste prompt à la dérive comme le soulignent encore les comportements racistes à L’Ile Saint-Denis, où deux policiers se moquaient d’un suspect : « Un bicot comme ça, ça ne nage pas ».[1]

Mais il ne faudrait pas que ces exemples par trop flagrants cachent la souffrance d’une plus grande frange de la population : celle qui survit de petits boulots, de l’économie « parallèle » – pas forcément de la vente de drogue, mais plus simplement de jobs au noir… et qui n’existeraient pas autrement.

Comme le souligne la maire d’Aubervilliers, Meriem Derkaoui, une des communes les plus touchées par ce drame : « Ceux qui vivent du travail informel, font la plonge dans les restaurants, exercent des petits boulots pour 200 ou 300 euros par mois, risquent de se retrouver dans une grande détresse face à la crise économique qui s’annonce. Je crains que chacun ne tente de desserrer l’étau comme il le peut et qu’on se retrouve face à une République fracturée ».[2]

Dans certaines banlieues, la guerre contre le Covid-19 risque bien de déclencher son lot de guérillas urbaines tout comme est né deux ans auparavant le mouvement des Gilets jaunes, en réponse à une autre forme de malaise social.

En déclarant la guerre, et surtout en voulant tirer profit d’un état de guerre quasi permanant, le pouvoir n’aura certainement réussi qu’à créer une sorte « d’état de guérilla », fragmentant à l’infini la population et en montant une partie contre l’autre – combien de bagarres pour des masques non, ou mal, portés ? – et générant l’angoisse.

Non plus la peur de l’ennemi, mais un mal être sournois, et sans certitudes auxquelles se raccrocher dans un espace médiatique encombré de rumeurs et autres fausses informations ; et dans un monde où plus aucun pouvoir ne paraît légitime, les politiques se le disputant avec les GAFA, NATU et autres BATX …


[1] francetvinfo.fr

[2] liberation.fr

À l’ouest, et partout ailleurs, toujours rien de nouveau #1

1er épisode de ma contribution à L’Horrificque Disputatio, ouvrage collectif des Mardis du Luxembourg.


« Nous sommes en guerre » ; « Nous faisons la guerre parce qu’on nous l’a imposée » : des déclarations qui semble dater d’un autre temps, et dans un autre monde … et pourtant ça nous pend toujours au nez, comme des promesses mal tenues.

Lors de son allocution télévisée de 20 heures, le lundi 16 mars 2020, le Président de la République chaussera donc les bottes d’un ancien Président du Conseil … celui-là même qui restera surtout dans l’histoire comme « L’homme de Munich » … qui sait ce l’avenir retiendra du récent locataire de l’Elysée ?

Il emploiera 6 fois l’expression, sonnant ainsi la « mobilisation générale » contre la 3ème pandémie du 21ème siècle, après le SRAS et la grippe A(H1N1) – du moins en Europe, l’Afrique ayant connu Ebola.

Au fil du temps, et d’un Premier Ministre à l’autre, le discours se fera moins belliqueux … mais l’esprit, sinon la lettre, demeurera : mobilisation générale, donc, et galvanisation des foules contre un ennemi commun avec tout son cortège de restrictions à nos libertés.

Aujourd’hui, quand j’écris ces lignes, la pandémie est à la fois loin derrière nous, et pourtant encore bien présente : le mal semble s’être évanoui, mais il n’a pas vraiment été éradiqué.

On nous rassure, avec malgré tout une gigantesque épée de Damoclès qui plane au-dessus de nos têtes : mieux vaut conserver un masque dans sa poche, à tout hasard.

Les fêtes de fin d’années approchent, et leur cortège de réjouissances : pourtant il reste encore des pays où l’on ne peut se rendre pour le réveillon de l’an 20** … et même quelques villages en France, enfin du moins à ce qui se dit sur les médias sociaux …

Récemment encore, le gouvernement s’est servi des nouvelles lois sur la sécurité sanitaire pour interdire la grande marche syndicale pour les libertés …

Bonne année 20** quand même !

Une page savante : la guerre est belle

Le vocable est issu du francique « werra », qui en latin populaire supplantera le terme classique « bellum », qui donnera en français moderne : belliqueux, belliciste, belligérant.

Pourquoi une belle substitution ? Tout simplement en raison d’un autre remplacement, celui « pulcher » – beau – par « bellum » : bref, « bellum est » pouvait tout autant signifier « c’est beau » que « c’est la guerre » … ce qui est perturbant à moins de considérer que la guerre est belle : « bellum bellum est » !

Le vieux francique « werra » signifiait – entre autres – ennuis, querelle ; proche du moyen néerlandais « werre »confusion, troubles –, sa racine se retrouve tant dans le français « guerre », que l’anglais « war » (guerre) ou l’allemand « Wehr » (armée).

Fermons la page savante et pénétrons dans l’histoire : publiques ou privées, les guerres ont toujours opposé des individus : des états – parfois pendant de très longues périodes comme pour la Guerre de 100 ans ; parfois très nombreux, et l’on parlera de Guerres Mondiales – ou des groupes armés – guerres civiles, guerres de religions, etc.

Qu’elles soient dites « froides », comme celle qui dressera les Américains et leurs alliés aux Soviétiques et leurs satellites jusqu’à la dislocation de l’URSS, ou économiques, elles n’en opposent pas moins des groupes d’individus : la Chine versus les Etats Unis dans ce dernier cas, voire les GAFA entre eux ou les GAFA aux états …

On peut aussi être en guerre contre l’intolérance, l’obscurantisme : mais n’est-ce pas être en lutte contre les intolérants, ou les tenants de l’obscurantisme ?

L’expression peut également s’employer au figuré : partir en guerre la pauvreté ne signifie évidemment pas s’en prendre aux pauvres … mais il n’en reste pas moins la dénonciation des trop riches, des « responsables » : la guerre contre la pauvreté ne rentre-t-elle pas dans le vaste champ des guerres économiques ?

De même que la guerre contre l’illettrisme se situe à mi-chemin entre guerre économique – guerre au sens propre – et guerre contre l’obscurantisme – guerre au sens figuré : au propre ou au figuré, la guerre oppose toujours, d’une façon ou d’une autre, des hommes à des hommes, des bons à des mauvais.

Une autre page savante : La performance du Président

Quand le Président de la République déclare : « Nous sommes en guerre », la France ne l’est pas vraiment … pas encore ! En réalité, ces propos constituent sa déclaration de guerre au Covid-19.

La parole du Président est performative en ce sens qu’elle réalise ce qu’elle énonce – exactement comme quand le président de séance énonce à l’Assemblée Nationale : « La séance ouverte » : ce faisant, il ne décrit pas une situation, il la provoque, comme le souligne John Austin dans son livre : Quand dire, c’est faire.

Cela étant, on ne déclare pas la guerre à un virus – du moins au sens propre : son discours ne constitue donc pas réellement une déclaration de guerre que l’institution d’un état de guerre, ce qui est totalement différent.

La guerre est dirigée vers l’ennemi – vers l’autre, vers l’extérieur ; mais l’état de guerre est orienté vers l’intérieur – vers les siens, vers ses troupes, vers ses concitoyens.

Il était d’autant plus facile pour le Président d’institutionnaliser cet état de guerre que dans la réalité médiatique il existait déjà : comme dans la Guerre du Golfe, comme lors des attaques du 11 Septembre ou plus récemment les attentats de 2015 contre Charlie et au Bataclan, l’information tournait en boucle.

Une information pauvre : peu de « news », mais toujours les mêmes dépêches – exactement comme dans la Guerre du Golfe, quand les journalistes commentaient à l’envi les mêmes images virtuelles des bombardements.

Et toujours comme dans la Guerre du Golfe, les mêmes médias – qui n’avaient pas grand-chose à dire – donnaient la parole à des « sachants » qui spéculaient sur des sujets qu’ils ne maîtrisaient pas vraiment – généraux en retraite dans un cas, épidémiologistes pas vraiment au fait de ce nouveau virus, de l’autre.

L’institution de l’état de guerre va déclencher divers rituels : tout d’abord, la livraison quotidienne des chiffres du virus, nombre de morts, d’hospitalisés, etc. ; les internautes se connectent aux médias en ligne comme leurs arrière-grands-parents captaient Radio Londres pendant la Seconde Guerre Mondiale.

D’autres rituels apparaissent plus spontanés, comme les vagues d’applaudissements pour les soignants à 20 heures, qui ne sont pas sans rappeler ceux destinés aux policiers après les attentats de 2015 : la réplication des rites passés présente un pouvoir cathartique … et la guerre contre le Covid 19 de se muer en une guerre religieuse. Par son « Nous sommes en guerre », le Président s’octroie de nouveaux pouvoirs … ou plutôt confirme sa volonté d’étendre ceux que le Conseil des Ministres lui a précédemment attribués par décret pour une durée maximale d’un mois en déclarant l’état d’urgence : au-delà, sa prorogation doit être autorisée par la loi.

C’est pourquoi, deux jours après son allocution télévisée, le Conseil des Ministres formule une proposition de loi d’urgence sanitaire qui sera déposée le jour même auprès du Parlement, votée dans les quatre jours et promulguée le 23 Mars.

La déclaration de l’état d’urgence sanitaire autorise le Premier Ministre à prendre par décret toutes les mesures qu’il jugera nécessaires limitant les libertés individuelles, notamment – mais pas seulement – celle d’aller et venir, ainsi que de se réunir.

C’est la « loi du 3 avril 1955 relative à l’état d’urgence », votée suite à la vague d’attentats perpétrés par le FLN, qui en définit les contours juridiques ; après la guerre en Algérie, l’état d’urgence n’a été décrété, puis voté sur le territoire métropolitain qu’après les attentats terroristes de 2015.

Etat d’urgence qui de prolongations en prolongations s’achèvera le 1er novembre 2017, soit le lendemain de la promulgation de la « loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » … ou en d’autres termes, l’inscription des mesures d’exception liées à l’état d’urgencedans la loi ordinaire.

Désormais le Ministère de l’Intérieur dispose de pouvoirs étendus et peut se passer de l’aval des juges pour limiter la circulation des individus, les assigner à résidence, surveiller leurs communications, etc. : « l’après » état d’urgence ne sera pas le retour à la normale de « l’avant », mais se traduira par une limitation accrue de nos libertés.

L’excuse est évidente : la guerre contre le terrorisme est loin d’être achevée … tout comme la lutte contre le Covid-19 ne s’arrêtera pas après le déconfinement, ni à la fin de l’année 2020, etc. En fait, les nouvelles mesures d’exception perdureront ad libitum, et viendront – en compléments de celles inscrites dans la loi de 2017 – restreindre nos libertés individuelles.

D’autant que nul ne sait quand cessera la pandémie … ni même si elle cessera un jour : les Cassandre qui se répandent dans les médias suggèrent déjà que « « On va devoir vivre avec » pendant deux ans »[1], ce qui ne laisse rien supposer de bon quant à nos libertés individuelles – durée que l’OMS « officialisera » ultérieurement par la vois de son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus : « Nous espérons en terminer avec cette pandémie en moins de deux ans ».[2]

L’application de traçage envisagée par le gouvernement suscite bien des inquiétudes, de même que la banalisation de l’analyse massive des données des opérateurs de téléphonie mobile, sans négliger la surveillance du respect du confinement par drones : de nombreuses associations comme la Quadrature du Net tirent la sonnette d’alarme, tandis que Jacques Toubon, le Défenseur des droits, réclame l’ouverture d’un « débat public sur les libertés ».


[1] francetvinfo.fr

[2] ouest-france.fr

L’Horrificque Disputatio

Dans la scolastique médiévale, la disputatio était une méthode essentielle d’enseignement et de recherche. Elle consistait en une discussion organisée sur un thème. Elle était très structurée en étapes codifiées. Aujourd’hui les codes ont changé. On pouvait s’en douter.

En 2020, ce fut la rencontre — ou plutôt le violent télescopage — de deux […] majeurs (les points de suspension s’imposent, car comment réellement les désigner par un vocable commun ?) :

  • D’un côté, Les Mardis du Luxembourg, un cercle d’échanges et de controverses, un laboratoire d’idées. Ils méditaient depuis déjà un certain temps sur le couple rationalité /irrationalité dans le paysage contemporain (tout en soupçonnant qu’une réflexion sur la rationalité risquait de se révéler irrationnelle, et vice versa).
  • De l’autre, une pandémie mondiale, avec à la clef un cycle déconcertant — confinement, couvre-feu et reconfinement, ultra violent pour les esprits — et sa cohorte de vidéoconférences, dernier lien social : les Mardis n’y ont pas échappé, toujours un verre à la main.

De cette rencontre est née L’Horrificque Disputatio, sous-titrée Sur l’après-demain de la pandémie, où vont se croiser rationnel et irrationnel.

Cercle d’échanges et de controverses, les Mardis du Luxembourg réunissent divers experts indépendants qui se penchent régulièrement sur les évolutions de notre société, en prennent le pouls pour mieux comprendre où elle va, comment elle va … et pourquoi souvent elle ne va pas !

Comme bon nombre de groupes de rock, si le personnel a beaucoup changé au fil des ans, l’esprit demeure : curieux, critique, parfois sérieux jusqu’à l’ennui, parfois ironique, incisif, rebelle … narquois ?

Ont participé à cette L’Horrificque Disputatio, par ordre d’entrée en scène : Philippe Cahen, votre serviteur, Christian Gatard, Yves Krief, Jean-Jacques Vincensini, Olivier Parent et Gérard Haas.

Philippe nous livre ses petits fabliaux de réalisme magique teintés de Covid. Moi-même, je pars en guerre contre l’état de guerre. Christian fait halte dans les tavernes du futur où l’on s’écharpe déjà. Yves prend la peur à partie et nous exhorte à secouer la torpeur ambiante. Jean-Jacques nous invite à penser demain dans la Vienne de Kafka, Malevitch, Einstein, Freud … Olivier explore derechef dans la Science-fiction, l’hybridation permanente entre rationnel et irrationnel. Enfin Gérard conclut en se demandant, à nouveau frais, si la peur a une vertu. Peut-être mais laquelle ? Médecine ou poison de la société ?

Toutes les semaines, je vous livrerai en feuilleton, comme Eugène Sue en son temps, un épisode ou deux de À l’ouest, et partout ailleurs, toujours rien de nouveau, ma modeste contribution ; pour découvrir les autres et géniales œuvres, le livre est édité et en vente au Comptoir Prospectiviste.

Les Mardis du Luxembourg s’invitent sur Futur Hebdo

Avec mes copains des Mardis du Luxembourg, on a décidé – il y a déjà un certain temps – de se pencher sur les fake news, l’autorité face aux fake news, l’autorité qui profite des fake news, etc. Un sujet plutôt vaste que chacun pourrait prendre par un bout, triturer à sa façon … avec pour objectif, un livre un peu bizarre d’ici l’été … 2018.

L’été est passé, puis l’automne … Nous avons eu de riches discussions, j’ai publié quelques extraits des miennes au fil de l’eau ici et

Aujourd’hui Futur Hebdo accueille les Mardis du Luxembourg : tous nos papiers y seront désormais régulièrement publiés, Alexandre Rispal a ouvert le bal avec son Autorité sans visage, fin décembre.

L’année débute avec le 1er épisode de ma Brève histoire d’amour, les 3 autres vont suivre, puis d’autres auteurs.

Rien ne vous empêche bien sûr de consulter le reste du site créé par Olivier Parent, il regorge d’articles de qualité.

Mensonges

Avec mes copains des Mardis du Luxembourg, on a décidé de se pencher sur les fake news, l’autorité face aux fake news, l’autorité qui profite des fake news, etc. Un sujet un peu vaste que chacun prend par un bout, triture à sa façon, confronte aux autres membres du groupe … avec pour objectif, un livre au peu bizarre d’ici l’été.

Ne sachant ni par où commencer, ni vers où me diriger, j’ai décidé de publier ici quelques réflexions au fil de l’eau … on verra bien !

#1 – Prologue

Aussi loin que je me souvienne, la vie n’était que mensonges.

Premier mensonge : « Si tu n’es pas sage, le Père Noël ne passera pas ».

Le Père Noël ! Vaste escroquerie qui a conduit des hordes d’enfants à tenter de ne pas s’endormir pour voir passer le Père Noël – et par où, dans ces appartements modernes sans cheminée ?

Duperie bien innocente et festive … mais duperie quand même : pourquoi ce besoin de falsifier la réalité pour se donner le droit de faire plaisir ? Pourquoi devoir justifier d’offrir des cadeaux à ses enfants ?

A qui profite le … crime ?

Aux parents, qui négocient leur générosité : si tu n’es pas sage, tu n’auras rien ! Qui achètent la paix familiale, donc.

Aux marchands, qui adorent les fêtes, bien évidemment.

Aux autorités de tous poils enfin – en plus de l’autorité parentale précédemment évoquée.

Autorités religieuses, bien sûr, qui récupèrent des traditions païennes et les inscrivent dans un vaste programme de célébration de la naissance du Christ.

Autorités civiles, qui y gagnent de la paix et de la cohésion sociale – la trêve des confiseurs.

Tous gagnants, semble-t-il : les enfants couverts de cadeaux, les parents, les prêtres, les politiques …

Et l’on oublie les perdants : les enfants – à qui l’on brouille déjà la frontière entre le bien et le mal ; les parents – qui sont aussi des citoyens, et perdent soudain leur sens critique face aux autorités …

Surtout le Père Noël institue l’idée que l’on peut mentir en toute innocence : le pire mensonge qui soit !

Second mensonge : « Tu iras au Paradis … ou en Enfers », c’est selon !

Entre 4 et 7 ans, les enfants découvrent qu’ils mourront un jour : « Je ne veux pas mourir moi » … et il est si facile de leur mentir : « Mais non, il y a une vie après mort ».

Et voilà le petit rassuré et le problème repoussé à plus tard : un mensonge pour la bonne cause, donc.

Un mensonge qui profite avant tout aux parents, semble-t-il … mais pas seulement : il fait le bonheur des églises, qui assoient dessus leur autorité – en fait les parents participent à faire perdurer leur propre asservissement.

Un mensonge également utile aux autorités civiles, comme le faisait si justement remarquer ce bon vieux Karl : si la vraie vie se situe dans un au-delà, inutile de se battre pour réaliser son bonheur en ce bas monde.

Propos de mécréants, athées, impies, sceptiques … peu importe : de multiples autorités se fondent sur cette affirmation non fondée d’une vie après la mort, et qui plus est, éternelle !

Cela convient si bien aux autorités politiques que dans certains états américains, on enseigne le créationnisme dans les écoles, plutôt que le darwinisme.

Dès notre plus jeune âge, on nous enseigne par l’expérience qu’il est d’innocents mensonges – pour ne pas dire de « bons mensonges » ? – et que l’on a le droit de mentir « pour la bonne cause » : une fois la désinformation instaurée, la suite apparaît logique, naturelle.

La suite ? Les guerres, la xénophobie, l’oppression …

Il n’y a que le 1er pas qui coûte !