Coups de gueule Archives - Marketing is Dead
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Coups de gueule

Bienvenue dans le monde du Covid-washing

Vous connaissez – hélas – le Greenwashing : de nombreuses sociétés du CAC 40 – dont Total, BNP Paribas et bien d’autres – se sont vues décerner ces dernières années le prestigieux Prix Pinocchio, décerné par les Amis de la terre.

Plus récemment, j’ai proposé le néologisme d’éthique-washing, pour dénoncer les sociétés qui cherche à se construire une image éthique trompeuse, comme Auchan que j’ai épinglée dans le papier en lien ; on pourrait sur le modèle montrer du doigt les entreprises qui se parent sur leur site de pratiques vertueuses face au Covid … qu’elles ne respectent évidemment pas !

Tout a commencé par un … pain au chocolat que j’ai failli acheter dans une boutique Paul parisienne : cliente et vendeuse discutent, le masque sous le menton, c’est peut-être le dernier chic … mais je n’adhère pas à la mode et ressort.

Mais comme dit le compte Twitter de la chaine : « PAUL continue d’être à vos côtés avec plus de 100 magasins ouverts dans le respect des gestes barrières ». Quant au site paul.fr, il déborde de logorrhée vertueuse : « Nous rappelons le lavage régulier des mains avec un savon désinfectant et de l’eau tiède […] Nous fournissons des masques anti-projection … ».

C’est vrai, ils ne disent pas que les vendeurs sont tenus de porter ces masques … même si c’est obligatoire dans tous les commerces ! C’est vrai aussi que tous ces avertissements ont vieilli puisque « nous rouvrons les salles de restauration avec des mesures spécifiques : espacement des tables, masques … » : ils ont une dérogation pour la restauration ?

En fait, Paul n’est pas une franchise très respectueuse de ses clients, et ce sous bien des aspects. La gestion des cookies, par exemple : alors que la Cnil recommande de « permettre à l’utilisateur d’exercer ses choix avec le même degré de simplicité » – il doit être aussi simple de refuser que d’accepter -, Paul vous oblige, si vous ne souhaitez pas accepter de cookies, à aller trifouiller dans les paramètres de votre navigateur.

A une époque où les jeunes générations parlent de plus en plus de respect – des citoyens, de l’environnement, etc. – le moins qu’on puisse dire, c’est que Paul est une entreprise « old-fashioned » … pour ne pas dire dépassée, et sur la mauvaise pente.

Lidl ou l’art du greenwashing au quotidien

Série de Tweets trompeurs de Lidl France – @lidlfrance – à l’occasion de la Semaine Européenne de Réduction des Déchets ; ainsi le distributeur annonce fièrement qu’« en remplaçant les sachets plastique de nos fruits et légumes, ce sont 125 tonnes de plastique évitées chaque année » : bonne élève, Lidl ?

Pas vraiment … parce que pas le choix : « La loi de transition énergétique pour la croissance verte prévoit l’interdiction des sacs plastique à usage unique pour l’emballage de denrées alimentaires à compter du 1er janvier 2017 », précise le site du Ministère de la transition écologique : bref l’enseigne se contente de respecter … la loi ! Pas de quoi se vanter !

Et la suppression des couverts en plastique dans les produits de snacking à emporter – quand même, 88 tonnes de plastique en moins ? Et les cotons tiges – 125 tonnes de plastique en moins ? C’est juste le respect de la loi, puisque « l’interdiction du plastique va progressivement s’étendre à de nouveaux produits plastiques dits « à usage unique » », comme le rappelle encore le site du Ministère de l’economie, des finances et de la relance.

Evidemment, Lidl pourrait réellement anticiper, prendre des mesures volontaires pour le respect de l’environnement : par exemple refuser de vendre des produits cultivés à l’aide de pesticides néonicotinoïdes ; ou des œufs bio ou Label Rouge qui proviennent d’élevages « industriels », comme le dénonce Rue 89 Strasbourg.

Bref, mener un véritable combat pour l’environnement ou le mieux vivre ! Oui, mais ça, c’est plus compliqué que de se gargariser de performances qui ne correspondent qu’à la stricte application de la loi : vous avez dit greenwashing ?

Cracher dans la soupe

Cracher dans la soupe, ça ne sert pas à grand-chose ! Et cracher en l’air, ça vous retombe toujours dessus …

C’est bien connu, quand les clients ne poussent pas la porte de la boutique, c’est des cons ; et si en plus ils entrent chez le voisin, c’est vraiment des salopards !

Une vidéo est en passe de devenir virale sur les médias sociaux – enfin, ceux des vieux, comme ici sur Facebook –, et relayée par la PQR – pas vraiment un média de jeunots non plus : on y voir un « restaurateur indépendant qui tente de s’en sortir en faisant de la vente à emporter, mais qui se heurte à la rude concurrence des mastodontes du secteur », dixit Ouest France.

On comprend aisément sa rancœur … mais sans doute devrait-il s’adresser à ceux qui ont décidé du confinement : les clients de la restauration rapide n’y sont pour rien, eux !

Certainement ses clients habituels ne sont des adeptes du « click and collect » et hésitent à mettre le nez dehors quand circule les virus : est-ce une raison pour dégoiser sur ceux qui ont leurs habitudes chez McDo ?

Loin de moi, l’idée de défendre la restauration rapide américaine, et tout ce qui y ressemble : pas pour des questions de goût, mais de diététique, suffit de regarder Super Size Me : de quoi vous en dégouter pour longtemps !

Comme tous les restaurateurs « bistrots », il s’est mis à faire des … burgers : quoi de plus traditionnel que le burger pour les bistrots français ! Sauf que les jeunes qui fréquentent le McDo de Pontivy, non seulement ne cherchent pas une ambiance « bistrot », mais en plus, ils n’ont pas nécessairement envie – ou plutôt les moyens – de payer leur « Burger Normand » 14,10€.

Ils préfèrent un « Royal de Luxe » à 4,80€ : comme ça, il leur reste des sous, ils peuvent revenir le lendemain … ou pas : parce que c’est aussi dans ces coins-là que se recrutent ces Gilets Jaunes qui se serrent la ceinture.

McDo – et autres KFC – ne concurrencent plus les bistrots depuis longtemps : ils ne jouent plus dans la même cour ; et bien souvent, les jeunes s’en détournent pour les « turcs », avec leur hygiène redoutable, leurs frites bien grasses et surtout … leurs prix imbattables : ça tient au ventre, même si c’est hypertension et diabète à la clef !

Pour en revenir à notre restaurateur dézingueur, il a plein d’amis sur Facebook pour le soutenir : « Tu as tellement raison hélas. Quelle tristesse. À quel moment comprendront-ils… » ou : « De tout cœur avec toi et mort aux cons » ; on se demande juste pourquoi tous ces rigolos qui crient « mort aux cons », ils vont pas chercher leur repas du soir chez leur copain ?

Mais, de toute façon, les meilleurs burgers, c’est ceux que l’ont fait chez soi, et avec le confinement, c’est le moment d’en profiter !

Les SUV ou le marketing à la Ponce Pilate

« Avant », le marché automobile pouvait apparaître relativement simple au consommateur lambda : plus on payait cher, plus on montait en gamme et on pouvait acquérir une voiture spacieuse et luxueuse ; il y avait quelques exceptions – quelques segments très particuliers : les voitures de sport, avec l’éternelle 911, les tous-terrains, un peu rudes, et puis des trucs bizarres, comme le Volkswagen Combi si cher à Jean-Marc Ayrault.

Sont venus s’ajouter les monospaces … mais on se demande pourquoi il y a fallu attendre si longtemps pour les voir arriver : il y avait un vrai besoin, mais Matra a eu bien du mal à convaincre Renault de le construite, après avoir essuyé un refus de PSA.

Puis sont apparus les SUV – pour Sport Utility Vehicle, véhicule utilitaire sportif, ce qui ne signifie … en fait, pas grand-chose –, des véhicules un peu hybrides : on ne voit d’ailleurs pas trop ce qu’ils ont de sportifs, ces SUV, vu qu’une voiture de sport doit être très basse pour coller à la route, comme la 911 précédemment évoquée.

Bref, plutôt un croisement entre véhicule de Monsieur tout le monde et véhicule tout terrain, avec un look un peu massif, sinon pataud, et destiné à séduire des conducteurs qui ont avant tout envie de dominer les autres : donc rien de rationnel, juste un marketing qui s’appuie sur des pulsions assez primaires … mais rien que de très banal jusque-là.

Comme quatre roues motrices, ça plombe beaucoup les budgets, les SUV proposent des versions quatre et deux roues motrices : preuve qu’on ne vend que de l’envie dominer les autres, et surtout pas de la puissance ou de la maniabilité.

Sont apparus aussi les crossover – en bon français, véhicule métis, mais évidemment, éviter la sémantique avec le 1er garagiste venu – hybrides entre les SUV – déjà des hybrides – et les berlines classiques …

Le problème, c’est que les SUV polluent comme des fous, comme le montre une récente étude du WWF France : les constructeurs automobiles se révèlent totalement irresponsables et par leur faute, la France ne respectera pas ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre !

Oui mais si les SUV se vendent si bien, c’est qu’il y a un marché pour : ils répondent à des attentes consommateurs, et le marketing ne peut que répondre à ces attentes … c’est le marketing à la Ponce Pilate, la planète peut crever, ce n’est pas de notre faute … en fait, les vrais coupables, ce sont les consommateurs !

Sauf que bon nombre d’acheteurs de SUV se défendent : « Je comprends le débat sur les SUV, mais quand on a 4 enfants, ce sont les seuls véhicules 7 places qui existent », se plaint ce père de famille sur France Info : les monospaces disparaissent peu à peu du marché, les constructeurs misant tout sur les SUV.

Le marketing de la demande a bon dos : le rejet de la faute vers un consommateur qui souhaite des voitures bling-bling sans égard pour la planète est bien trop facile ! Bien sûr, je ne préconiserais évidemment pas de revenir à un vieux marketing de l’offre totalement déconnecté des attentes clients ; mais de conjuguer la réponse aux attentes des consommateurs à un marketing de « l’offre responsable », soit dans le cas de l’automobile, proposer par exemple des véhicules convenant aux familles (plus ou moins) nombreuses mais respectueuses de l’environnement.

Le marketing de la malbouffe

Selon une étude parue en 2019 dans The Lancet, plus les guerres, les accidents de la route ou bien sûr le Covid-19, la malbouffe constitue désormais la première cause de mortalité dans le monde : impressionnant !

La malbouffe frappe massivement les pays occidentaux, sans épargner la France, peu s’en faut : la malbouffe, c’est par exemple … les aliments ultra-transformés qui pullulent dans les grandes surfaces ; on regroupe sous ce vocable tous les aliments comprenant parmi leurs ingrédients, au moins une substance elle-même ultra-transformée, d’où une liste à la Prévert allant des lasagnes aux sodas, en passant par les barres chocolatées, les poêlées de légumes ou les céréales de petit-déjeuner !

Essayez donc de faire vos courses dans votre hyper préféré sans glisser le moindre aliment ultra-transformé dans votre panier ! Or selon une autre étude réalisée par des chercheurs de l’Inserm, de l’Inra, de l’Université Paris 13 et du Cnam, réunis au sein de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle, ou Eren, « une augmentation de 10 % de la consommation d’aliments ultra-transformés conduisait à une augmentation de 12 % du risque de cancer global et de 11 % du risque de cancer du sein » … entre autres !

Où se situe la responsabilité du marketing dans cette galère ? Un peu partout, de la conception des produits à leur promotion.

Dès la conception, par exemple en élaborant des produits trop sucrés … « parce que les consommateurs aiment ça » : le sucre, en activant le circuit de la récompense dans le cerveau humain, produit une addiction certaine – sans entrer bien sûr dans le champ des drogues dures.

D’où la commercialisation par des chaines comme Starbucks de boissons contenant jusqu’à l’équivalent de 25 cuillères de sucre, selon une étude menée par Action on Sugar ; or on connaît les effets désastreux de la surconsommation de sucre sur l’organisme, comme le rappelle Science et Vie.

Côté promotion, c’est tout aussi effrayant ! Que Choisir vient de lancer une pétition pour interdire la publicité à l’attention des enfants des produits alimentaires déséquilibrés : selon une étude menée par l’UFC, « 9 spots alimentaires pour enfants sur 10 portent sur des aliments déséquilibrés (Nutri-Score D ou E), soit une part deux fois plus élevée que pour les adultes ».

Faut-il interdire la publicité à l’attention des enfants ? Certainement pas ! Faut-il interdire la publicité à l’attention des enfants pour certains aliments dangereux à plus ou moins long terme ? Pourquoi pas ?

Un marketing vertueux pourrait consister à éduquer les enfants à décrypter la publicité pour les produits alimentaires, à leur apprendre à mieux se nourrir : ce n’est qu’un piste parmi d’autres ; mais surtout un marketing vertueux œuvrerait dès l’élaboration des produits, refusant toute dérive dangereuse pour la santé.

Pour ne pas se retrouver un jour comme marketer à promouvoir des barres ou des céréales dont on ne voudrait surtout pas pour ses propres enfants !

Le marketing du misérabilisme

La crise des gilets l’a mise en évidence, celle du Covid-19 l’a exacerbée, je parle bien entendu de la fracture sociale et de l’extrême pauvreté d’une partie grandissante de la population française.

Aujourd’hui le niveau de vie moyen des 10% des Française les plus pauvres était de 8 580€ par an en 2018, ce qui signifie qu’un père ou une mère célibataire avec un enfant en bas âge dispose de 929,5€ (8 580*1,3/12) mensuels ; pour les 10% suivants, il passe à 12 770€ annuels, puis à 15 460 pour le décile suivant – tous les chiffres sont ici.

Pas de quoi faire des folies : impossible de se loger à Paris ou dans les grandes métropoles … et lorsque l’on a choisi un logement mal desservi par les transports en commun, le poste « voiture + essence » devient rapidement un gouffre.

Le marketing ne se soucie guère de ces populations. Bien sûr, hypermarchés et hard-discounters leur proposent des produits « abordables », mais pour le vraiment pas cher, mieux vaut ne pas souffrir des reins et être capable de se baisser face aux linéaires.

Bien souvent, les bébés requins (Lidl, Aldi et autres Norma), une fois acquis leur premier fond de clientèle, préfèrent surfer leur image d’enseigne « pas chère » et se repositionnent vers plus de qualité … donc plus cher : d’où l’introduction par exemple de grandes marques françaises chez Lidl, puis la remise à niveau de son parc de magasins.

Alors apparaissent de nouveaux bébés requins (GiFi et autres HEMA) qui vont à nouveau draguer sans vergogne dans les déciles les plus pauvres – et je confirme le terme « sans vergogne », car il ne s’agit pas de proposer une offre adaptée, mais de vendre un peu n’importe quoi pour deux francs six sous, peu importe la qualité, sans trop se soucier de ses clients : il y a aura toujours des pauvres pour pousser la porte.

Le marketing du misérabilisme ne respecte rien : vous entrez par exemple chez GiFi, attiré par deux promotions inscrites au catalogue et découvrez … que les produits correspondant à l’une sont en rupture de stock dès le premier jour – et bien sûr, pas possible de les commander – et que pour l’autre, c’est plus cher : consultez les multiples errata sur la porte du magasin !

Et encore, si la qualité était au rendez-vous ! Mais, là, franchement, ce n’est pas le cas ! Il suffit de lire les avis sur ma reduc ou Trustpilot ; pareil d’ailleurs pour HEMA sur Trustpilot ; et quand on sait combien pullulent les faux avis sur ce site – pour en acheter, c’est par ici – on pèse rapidement le poids des négatifs !

En segmentant à outrance la population pour vendre de plus en plus de produits très chers à une frange très aisée, le marketing pratique une exclusion condamnable des plus pauvres, tout en se tirant une balle dans le pied … mais bon, c’est ce qui s’est toujours enseigné dans les écoles de commerce.

En pratiquant le marketing du misérabilisme – en proposant des produits de non qualité, pour ne pas employer un terme mieux adapté, à des gens qui n’ont pas les moyens de se permettre autre chose – , il rentre dans le champ de l’odieux.

De tous temps, des commerçants se sont spécialisés dans la vente de produits bradés, notamment en rachetant des stocks d’anciennes collections dans le textile – ainsi « Tati, les plus bas prix », comme l’indiquait fièrement son slogan : on fouillait dans les bacs comme dans un souk, mais malgré tout, on en avait pour son argent : « Cheap », certes, mais pas nécessairement « Dirty ».

Pas la logique d’un GiFi pour qui les deux qualitatifs se révèlent complémentaires … d’où son incapacité à justement redresser, qui aboutira à la fermeture du magasin historique du boulevard Barbès à Paris !                                                                             

Mais alors, pourquoi les gens continuent à fréquenter de telles enseignes ? Peut-être parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix, et qu’ils espèrent ne pas se faire arnaquer à chaque fois ; peut-être aussi parce que ces populations trainent une sorte de désespoir sur lequel les praticiens du marketing du misérabilisme surfent odieusement, mais impunément.

Ethique-washing

Vous avez aimé le Greenwashing ? Vous allez adorer l’éthique-washing.

Greenwashing : « procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation dans le but de se donner une image de responsabilité écologique trompeuse », rappelle Wikipédia.

Sur ce modèle, on peut aisément construire : Ethique-washing : « procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation dans le but de se donner une image éthique trompeuse ».

Découvrez par exemple la superbe Charte éthique du groupe Auchan, qui dès les premières lignes donne le ton : « Auchan s’est développé depuis sa création en 1961 en s’appuyant sur un socle de convictions et de valeurs fortes et un engagement solide en matière d’éthique » : convictions, valeurs, voilà des termes forts !

La suite est du même acabit – et même bien entourée du beau filet rouge pour en souligner l’importance : « Nos valeurs nous inspirent au quotidien. Nous croyons que chacun aspire au mieux-vivre : toutes nos équipes ont pour ambition d’exercer leur métier de façon responsable et innovante afin d’améliorer la qualité de vie du plus grand nombre de femmes et d’hommes ».

Toutes les entreprises du groupe sont concernées : « partagée par les équipes de tous les pays, les Visions d’Auchan Retail, Oney et Immochan posent très clairement l’identité, la raison d’être, les engagements et l’ambition de chaque entreprise du Groupe ».

Auchan Retail, je connais ; mais Oney ? Je googlise donc et tombe sur cet article de France 3 Hauts de France : « Le groupe Auchan au cœur de l’optimisation fiscale maltaise ».

Ça ne sonne pas très éthique, comme le détaille une enquête de Mediapart relayée par Médiacités, qui détaille : « En juin 2011, deux sociétés ont été créées sur l’île de Malte : une pour l’assurance vie et l’autre pour l’assurance classique, comme l’expliquait Mediapart. Créée en mars 2011, une troisième société, nommée Oney Holding Limited, encaisse les dividendes des deux premières. Le taux officiel de l’impôt à Malte est de 35 %, davantage que les 33,3 % prélevés en France. Mais lorsqu’une société détenue par des étrangers distribue des dividendes à ses actionnaires, le fisc lui rembourse jusqu’à 85 % de l’impôt. Au total, entre 2014 et 2016, Auchan a ainsi économisé 21 millions d’euros d’impôts, selon les calculs de Mediapart ».

Auchan comme Decathlon, Auchan, Boulanger, Orsay, Adeo, Saint-Maclou et quelques autres, appartiennent à l’Association familiale Mulliez, elle-même en délicatesse avec le fisc français, comme le rappelle Capital : mais peut-être l’éthique des filiales ne concerne pas le sommet de la pyramide.

Pourtant, c’est un autre article récemment découvert dans Libération qui a le plus suscité ùon indignation et m’a conduit à rédiger ce billet, article intitulé : « Les liaisons dangereuses du français Voltalia avec la Birmanie ».

Voltalia, je ne connaissais pas plus qu’Oney, donc je consulte Wikipédia :« Voltalia est une entreprise française du groupe Mulliez qui construit et exploite des centrales électriques à partir d’énergie renouvelable, en France et dans les pays émergents ».

« Energie renouvelable » : ça sonne plutôt bien ;« pays émergents » : on peut espérer le meilleur … ou craindre le pire !

Ce nous présente le quotidien confirme aussitôt mes craintes : « Voltalia fournit de l’électricité renouvelable depuis février 2018 à MyTel » … et ce MyTel, c’est en fait Myanmar Economic Corporation, « l’un des deux puissants conglomérats du pays aux mains de l’armée birmane ».

Il faut savoir que l’armée birmane, pour ne pas avoir à rendre de compte à un parlement pourtant totalement à la botte, finance ses exactions contre les Rohingyas via ces deux conglomérats … ce qui signifie que le groupe Mulliez, via Voltalia, porte sa part de responsabilité dans l’extermination de la minorité des Rohingyas.

Suite à un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU soulignant que « toute activité commerciale étrangère impliquant le Tatmadaw [= forces armées birmanes] et ses conglomérats présentait un risque élevé de contribuer ou d’être liée à des violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire », des entreprises comme Western Union ou Newtec, fournisseur en services technologiques de MyTel, ont cessé toutes activités en Birmanie.

Pas Voltalia, malgré les demandes pressantes d’ONG comme Sherpa, RSF et Info Birmanie.

A l’heure où le concept « d’entreprise à mission » a le vent en poupe – pour ne pas dire est « tendance », – il me semble particulièrement dommageable que des sociétés ne tiennent pas leurs promesses, comme le Groupe Mulliez.

Personnellement, j’aurais bien du mal à travailler dans une entreprise sans éthique … même si cela réduit considérablement le champ des possibles ; je pense en outre qu’il convient de militer pour convaincre les mauvais élèves de s’améliorer … mais il y aura toujours des brebis galeuses, hélas !

Par contre, que d’aucuns se permettent d’afficher des chartes éthiques pour ne pas respecter les principes fondamentaux de l’Ethique – avec une majuscule – cela ne peut que se révéler triplement catastrophique.

Pour leur image de marque, parce qu’un jour tout se sait … mais ça, on s’en fout un peu.

Pour la société humaine : même si une société n’écrit pas ouvertement qu’elle ne participera jamais à un génocide, ou s’en rendra complice – c’est tellement évident –, ce n’est pas une raison de le faire … et de continuer à le faire en toute connaissance de cause.

Et pour le marketing : car ce sont toujours les marketers que l’on accusera de mentir – tous coupables bien évidemment –, même ceux qui pratiquent un marketing vertueux et responsable.

La profession ne faudrait peut-être pas attendre qu’une ONG lance les Prix Pinocchio de l’éthique-washing – comme existent ceux du green-washing : c’est à elle de balayer devant sa porte avant que d’autres s’en chargent.

Boites de conserve 1 – Yuka 0 … ou l’inverse ?

Tout le monde – et surtout les jeunes – connaît Yuka, « l’application mobile qui permet de scanner les produits alimentaires et d’obtenir une information claire sur l’impact du produit sur la santé ».

Tout le monde la connaît et 5 500 000 consommateurs l’utilisent chaque mois : rien d’anecdotique, mais aussi une source de bien des tracas pour bon nombre d’industriels de l’alimentaire qui sous performent dans les résultats.

Et quand la startup qui a lancé l’application publie sur son blog : « Évitez au maximum la consommation d’aliments ayant été en contact avec l’aluminium (canettes de soda, légumes de conserve, etc.) », la Fédération française des industries des aliments conservés voit rouge et l’attaque en justice … et gagne !

Bien sûr, la presse relaie la condamnation : « Le tribunal de Versailles vient de condamner l’application de notation des aliments Yuka pour « dénigrement » des boîtes de conserve », rapporte ainsi Ouest France ; ou encore « Yuka, une application populaire qui note les aliments, a été condamnée à verser 3 000 euros à la Fédération française des industries des aliments conservés », pour France Info.

Sauf … que ce n’est pas l’application qui est en cause, mais un article de blog : en aucun cas, le tribunal n’a remis en cause la qualité de cette dernière !

On passera sur le côté « à peu près » que l’on retrouve sur la plupart des sites de presse – je n’oserais pas dire que bien souvent les journalistes sont des spécialistes du « copier coller » … pour se poser la VRAIE question : à qui profite, sinon la condamnation, du moins sa diffusion ?

A la conserve ? Que nenni !

« Si les consommateurs se détournent des conserves, c’est aussi à cause de l’image parfois négative qu’elles véhiculent » : ce n’est pas moi qui le dit – pas envie de me voir ester en justice par la Fédération française des industries des aliments conservés pour dénigrement – mais LSA.

Donc, d’un côté, un produit dont l’image ne semble pas au top ; et de l’autre, une startup dont l’application est plébiscitée par des millions de consommateurs, souvent jeunes, qui vont voir que LEUR appli a été attaquée en justice par un gros lobby : l’éternelle histoire du pot de terre contre le pot de fer … qui dans l’imagerie populaire profite toujours au plus faible.

La plupart des gens ne liront pas en entier les articles de presse évoqués … et l’image de la conserve s’en trouvera encore plus écornée ; quant aux autres, ils verront qu’on y parle de généralisation abusive … ce qui signifie qu’il y a malgré tout quelque-chose de suspect.

Bref, une image de marque dégradée versus un capital de sympathie renforcé : devinez qui, en termes marketing, est vainqueur ?

Alors, la conserve devait se faire dénigrer sans réagir ? Peut-être pas … mais commencer par nouer le dialogue, c’est pas mal aussi, avant le marteau-pilon !

Après, pour parler d’approximations ou de généralisations aboutissant au dénigrement, certains sites de presse sont plutôt pas mal : l’Opinion par exemple, qui écrit :

« Une application qui permet, en scannant le code-barres d’un produit au supermarché, de savoir ce qui les compose apporte une réponse. C’est très positif.

« Le problème ce sont les bases de données sur lesquelles s’appuie Yuka pour faire tourner ses algorithmes et donner des notations. Et au-delà, sans doute, le poids qu’a pris cette application dans l’appréciation qu’ont les consommateurs de ce qu’ils achètent.

« Explication : Yuka vient d’être condamné pour le tribunal de Versailles, le 5 mars 2020, pour dénigrement, et pratiques commerciales déloyales et trompeuses. Pas tant pour son application que pour ce qu’il racontait sur son site Internet ».

Que viennent faire les « les bases de données sur lesquelles s’appuie Yuka » au beau milieu de tout cela ? Le titre précise pourtant un peu plus loin que Yuka a été condamné : « Pas tant pour son application que … ».

« Pas tant pour » constitue bien une forme de dénigrement puisque l’application n’a en aucun cas été mise en cause … mais l’expression utilisée ici semble bien, dans la langue de Voltaire, induire comme un doute.

Quant aux bases de données, Yuka s’est longtemps appuyé sur Open Food Facts, « un projet collaboratif en ligne et mobile dont le but est de constituer une base de données libre et ouverte sur les produits alimentaires commercialisés dans le monde entier » ; depuis elle est principalement alimentée par les contributions des mobinautes à travers l’application, et les industriels eux-mêmes via la plateforme Alkemics : tout cela est transparent, si l’Opinion voulait bien se donner la peine de creuser !

Arnaque : il n’y a pas que Viagogo !

La presse a fortement relayé l’info selon laquelle Que Choisir « dépose aujourd’hui plainte contre le site de revente de billets en ligne Viagogo devant le Tribunal judiciaire de Paris en raison des pratiques commerciales agressives et trompeuses de l’opérateur faisant de nombreuses victimes, et appelle les consommateurs à ne pas recourir à ce site au risque de se faire duper ».

A lire les commentaires qui remontent quand on tape « Viagogo avis » sur Google, on peut même se demander comment des internautes peuvent encore utiliser les services du site : « Arnaque a grande échelle : c’est nous les gogo », « Arnaque pure et simple », « Viagogo = Grosse **** !!! », etc.

Même sur Trustpilot, c’est la Bérézina : si le site n’a pas la note minimale, c’est parce qu’émarge de temps à autre un commentaire élogieux et hyper bien rédigé – « La qualité des produits est au rendez-vous, avec un service de livraison au même niveau » – … qui fleure bon sa duplicité !

Mais le plus étonnant n’est pas là : ce sont les notes dont bénéficie Viagogo sur certains site, notamment Igraal ou Ebuyclub, deux sites de « CashBack » : « Le site est rapide, ergonomique et surtout très fiable » ou « J’étais un peu sceptique au début, mais finalement tout s’est très bien passé lors de la récupération des billets », peut-on ainsi lire sur ce dernier.

Statistiquement, il est totalement impossible de ne rencontrer, sauf rares et douteuses exceptions, que des commentaires négatifs sur Trustpilot et que des avis élogieux sur les deux sites de « CashBack » ; moralité : il n’y a pas que Viagogo qu’il faut fuir, ça sent l’arnaque aussi sur certains sites de « CashBack » !

Gestion des cookies : le Premier ministre montre le mauvais exemple

Selon la Cnil, « les internautes doivent être informés et donner leur consentement préalablement à l’insertion de traceurs. Ils doivent disposer d’une possibilité de choisir de ne pas être tracés lorsqu’ils visitent un site ou utilisent une application. Les éditeurs ont donc l’obligation de solliciter au préalable le consentement des utilisateurs ».

Vie-publique.fr « est un site gratuit d’information qui donne des clés pour comprendre les politiques publiques et les grands débats qui animent la société. Le site est réalisé par la DILA (Direction de l’information légale et administrative), rattachée aux services du Premier ministre ».

On pourrait donc s’attendre à ce que l’on se rend sur ce site, l’acceptation ou le refus des traceurs – ou cookies – soit aisé … il n’en est rien !

Quand vous arrivez sur la page d’accueil, on vous prévient : « Vie-publique.fr utilise des cookies pour la mesure d’audience des vidéos et des pages du site. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez leur utilisation ».

Et vous pouvez choisir entre « Accepter » et « Fermer », ce qui pour l’internaute lambda signifie la même chose puisqu’il accepte nécessairement les cookies par défaut !

Il peut toujours cliquer sur « Plus d’info » … mais là, franchement, on ne sait jamais trop où l’on s’embarque !

On découvre que « Vous pouvez paramétrer votre navigateur afin qu’il vous signale la présence de cookies et vous propose de les accepter ou non. Vous pouvez accepter ou refuser les cookies au cas par cas ou bien les refuser une fois pour toutes. A noter, ce paramétrage est susceptible de modifier vos conditions d’accès aux services du site nécessitant l’utilisation de cookies ».

Bonne nouvelle : « Sur Vie-publique.fr le refus du cookie n’impacte pas la navigation ».

Bref, ce site, qui dépend des « services du Premier ministre », plutôt que de vous proposer clairement d’accepter ou refuser les cookies, vous renvoie au paramétrage de votre navigateur pour les refuser.

On ne s’étonnera pas que certains sites commerciaux jouent au chat et à la souris avec l’acceptation des cookies : les « services du Premier ministre » montrent le mauvais exemple.