FLaurent, Auteur à Marketing is Dead
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Author:FLaurent

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Eros, l’encre du désir

Vous connaissez certainement mon ami Jean-Jacques Vincensini, professeur émérite des universités, pour ses contributions aux Mardis du Luxembourg ; avec Frédéric Ferney, il vient de publier chez Albin Michel : Eros, l’encre du désir.

MarketingIsDead : Comment un Professeur Emérite spécialisé dans la littérature médiévale en arrive-t-il à s’intéresser à l’amour ?

Jean-Jacques Vincensini : Parce que, précisément, c’est le grand sujet de toute personne qui s’intéresse à la littérature médiévale ! L’idée que l’Occident se fait de l’amour est, en effet, fondée sur la nouvelle image de la femme qui s’est construite (sans doute sans être vécue) au XIIIe siècle. Plus ou moins inspirée par les poètes andalous, les troubadours du sud de la France se mettent à chanter le désir – l’inassouvissement du désir plus exactement – et la fascination pour la Dame, femme inaccessible et idéalisé ? Sa Dame, le poète l’élève au rang de suzerain qui demande à être servi(e) jusqu’à l’abnégation et à la servilité. Cette vision troubadouresque dite « courtoise » a inspiré les trouvères du Nord qui, eux-mêmes, ont fourni cette nouvelle conception des relations érotiques aux romanciers, comme Chrétien de Troyes (l’auteur de Lancelot ou le chevalier à la Charrette ou Béroul (avec son Tristan et Iseut).

MarketingIsDead : Pour toi, l’amour n’existe pas hors littérature (je raccourcis un peu) : tu peux préciser ?

Jean-Jacques Vincensini : Bien sûr, l’amour est d’abord une sorte d’effervescence pulsionnelle, un flot d’émotions jaillissant et débordant le sujet qui n’en peut mais. En tant que tel l’amour est u universel et intemporel. Et, au sens propre, « ineffable », non-littéraire. Mais chaque civilisation, chaque culture a imposé sa façon de vivre ce flux étonnant et ineffable. L’histoire de chacune d’elle a conduit à donner des cadres ou des moules singuliers à cette expansion souvent déchaînée avant qu’elle ne soit mise en mots.

Dans cette perspective, on a dit que Tristan et Iseut était l’« étymologie de nos passions ». Cette affirmation exprime bien l’idée selon laquelle les élans passionnels que nous croyons vivre dans une spontanéité qui, parfois, nous dépasse, sont façonnés, que nous le voulions ou non, par les moules culturels – c’est-à-dire, en fait, des moules littéraires – grâce auxquels l’Occident a inventé, construit et formaté sa propre conception des liens amoureux. Pas de discours écrits par Eros, pas de relations amoureuses ! Souvent, à nos corps défendants. Evidemment ces discours ne sont pas en Europe, depuis le XIIIe siècle, les mêmes qu’au Japon ou en Sibérie du sud.

MarketingIsDead : Pour Freud, l’art est juste sublimation de la sexualité : la littérature courtoise n’est-elle pas celle d’une société frustrée qui refuse le passage à l’acte ?

D’abord il existe un concept qu’affectionne la poésie courtoise, celui de joy, qui dit bien le but ultime et désiré de la relation du poète et de sa Dame : le plaisir de la jouissance sexuelle. Sublimation mais échange des corps ! Le grand poète Guillaume, duc d’Aquitaine, était un fornicateur notoire.

D’ailleurs, les grands héros des romans dits courtois, comme Tristan, l’amant d’Iseut ou Lancelot, celui de Guenièvre, passent à l’acte, ce qui ne manque pas d’entraîner des catastrophes diverses.

On ne sait pas grand chose de la « réalité » de la vie amoureuse (frustrante ou non) des hommes et des femmes du Moyen Âge. D’ailleurs, les historiens, manquant de sources, puisent dans la littérature romanesque pour en trouver…

À la différence de Freud, on peut dire que l’art littéraire médiéval n’a pas (seulement) eu la fonction de sublimer le réel insatisfaisant, mais la vertu majeure et riche de conséquences, de fonder et de donner forme à nos manières de dire, de vivre et de fantasmer nos désirs.

Une de ses conséquences, par exemple ? Madame Bovary n’est-elle pas une lecture enivrée de romans courtois… Et le Bovarysme qu’elle a suscité (y compris dans le Lolita de Nabokov) ne marque-t-il pas de son empreinte les vies des jeunes femmes du XXIe siècle qui, comme Nabilla, façonnent leur vision insatisfaite du monde via les magazines people, reflets du star-system idéalisé et de l’héroïsme courtois qui le fonde. Voir les nombreux sites consacrés au Bovarysme aujourd’hui.

Merci le Marketing

Si dès 1935, l’American Marketing Association définissait le Marketing de l’offre, il fallut attendre … 1985 pour passer au Marketing de la demande et 2004 pour qu’on parle de Relation clients !

Puis le WWW a tout bousculé et accéléré, ce que dans ses deux Manifestes de 2013, puis 2020, le Conseil Scientifique de l’Adetem soulignait : « Tout va vite, très vite. Ou plutôt non : tout va de plus en plus vite ! »

En fait, deux milestones auront profondément marqué notre société en général et le marketing plus particulièrement : la montée en puissance du Web et la récente crise sanitaire, toutes deux révélatrices de lourdes mutations sociétales. Deux milestones … et deux manifestes.

1999 : « Les marchés sont des conversations » : le Cluetrain Manifesto (Manifeste des évidences) pose le cadre d’un marketing où grâce à Internet, « les consommateurs deviennent plus intelligents plus rapidement que la plupart des entreprises ». En 95 thèses, les auteurs de ce Manifeste des évidences ouvrent la voie du marketing connecté – du marketing du 21ème siècle.

2021 : « Oui, la consommation reste un bienfait. Merci le Marketing ! » : le Conseil Scientifique de l’Adetem pose le cadre d’un marketing nouveau, dans un monde à la fois dévasté par une crise sanitaire majeure et qui doit faire face à une crise environnementale sans précédent. En 36 évidences, le Conseil Scientifique fonde le marketing d’un monde en souffrance.

« Le Marketing est la boussole d’un monde en rupture et en accélération perpétuelle », « Le marketing durable est l’antonyme de l’obsolescence programmée », « Le directeur Marketing est un humain qui parle à d’autres humains. L’IA et ses algorithmes devraient en prendre de la graine ! » : Venez découvrir le mardi 12 octobre dès 9 heures, les 36 évidences du nouveau Manifeste du Conseil Scientifique de l’Adetem … et surtout, dialoguer avec ses auteurs.

Pour s’inscrire, c’est ici … et en plus, c’est gratuit ! Par contre le nombre de places est limité en présentiel : or seuls les présents pourront entamer le dialogue avec les membres du Conseil Scientifique.

D’ici là, tous les jours, un peu comme le calendrier de l’Avent, je vous ferai découvrir sur LinkedIn, une des 36 évidences : à demain, donc !

Les startups finissent mal en général

Il y a une dizaine d’années – environ, je ne me souviens pas de la date précise – j’assistais dans une soirée réunissant geeks et marketers, au lancement en France d’un petit logiciel de prises de notes plutôt sympa : Evernote. Vraiment pratique : on l’installait sur son PC, sa tablette, son Smartphone et on avait toujours ses pense-bêtes avec soi … et ses codes d’accès aux sites en ligne.

De cette soirée, je suis reparti avec un T shirt vraiment sympa, avec son logo en tête d’éléphant, et une furieuse envie d’installer cet outil sur tous les appareils.

Quelques années plus tard, Evernote m’annonçait qu’à moins de payer la version Prémium, je n’avais plus droit qu’à deux appareils … puis, cette année, qu’à un seul appareil … à moins de souscrire à la version payante.

Aficionado d’une marque plutôt cool, je me suis senti trahi … et ai migré vers OneNote, déjà installé sur mon PC et qui correspond tout aussi bien aux usages basiques que j’avais d’Evernote !

Je comprends qu’Evernote veuille grandir et rentabiliser ses investissements : est-ce une bonne démarche de bousculer violemment ses premiers utilisateurs et supporters ? Pas sûr : ce qu’on gagne en CA, on le perd en image, on devient une société commerciale comme les autres, une boite tirée par la seule finance.

Il y a une dizaine d’années également, une startup américaine réunissait quelques geeks et marketers dans un appartement parisien pour annoncer le lancement en France d’un site de locations entre particuliers, sur le modèle des B&B anglo-saxons … et je trouvais le concept plutôt intelligent.

Quelques jours plus tard, le patron de la structure française était fier de pouvoir exposer son projet lors d’une réunion que j’avais organisée à l’Adetem ; quelques années plus tard, ses successeurs ne daignaient plus répondre à mes sollicitations : certainement Airbnb avait d’autres préoccupations en tête – peut-être répondre aux critiques des élus de la capitale, par exemple ?

A la fin des années 90, geeks et universitaires annonçaient élogieusement l’arrivée d’un nouveau moteur de recherche vraiment intelligent qui au lieu de vous balancer des tonnes de résultats en vrac comme les AltaVista et autres Lycos : bref, une startup géniale, à qui on promettait un bel avenir.

Aujourd’hui Google, rebaptisé Alphabet, est devenu un monstre d’arrogance, spécialiste de l’évasion fiscale …

Bref, les startups qui réussissent trahissent toujours la confiance, l’estime de leurs premiers supporters : de « petit truc sympa et intelligent », ils se muent en colosses financiers et méprisants … voire méprisables.

J’espère malgré tout que mes copains lancent aujourd’hui des startups m’adresseront toujours la parole dans quelques années, et qu’ils ne se seront pas tous mués en comptables au cœur d’acier !

The H&M Way for Goodwashing

Quand l’Adetem a lancé l’initiative Responsables !, je me doutais bien que toutes les entreprises n’allaient pas brusquement passer d’un business model entièrement centré sur les profits à court terme – et la rentabilité de l’action en bourse – à un modèle plus respectueux de la planète et des hommes.

Je soupçonnais également que quelques-uns allaient tricher, et donc pratiquer le Goodwashing comme d’autres pratiques le Greenwashing … mais je n’imaginais pas d’adeptes du double langage, vertueux face aux parties prenantes et « réalistes » face aux actionnaires.

Depuis, j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique sur mon blog, très sobrement intitulés « menteurs », et de centrer le projecteur sur ces entreprises qui maquillent un peu trop vulgairement leur image.

Premier épinglé à inaugurer la chronique : Karl-Johan Persson, Président de H&M, qui signe cet éditorial sur « nos valeurs et nos lignes de conduites » : « Nous menons notre activité selon « the H&M Way » c’est-à-dire de façon éthique, honnête et responsable » … mais que c’est beau.

Et de préciser : « Nos clients connaissent bien la mode et recherchent à la fois le meilleur design et une qualité irréprochable. Ils attachent aussi une grande importance à l’éco-responsabilité, aussi bien du point de vue des matières utilisées que de l’empreinte carbone causée par le transport de nos produits vers les magasins. Notre objectif est de toujours être à l’avant-garde en matière de développement durable car c’est un aspect essentiel de notre offre clientèle ».

Mais que c’est beau !

Sauf que je lis dans Libération que « la multinationale suédoise a annoncé la fermeture de son seul entrepôt français » : belle annonce en début de période estivale, quand la majorité des Français ne pensent qu’à leurs vacances … enfin sans masques !

« Son seul entrepôt français » : cela signifie que les 1000 magasins hexagonaux seront désormais approvisionnés par des entrepôts basés en Belgique, Italie ou Espagne : quel gâchis environnemental alors que le site visé se situait au Bourget « en face de voies de chemin de fer, à quelques kilomètres des canaux de Saint-Denis et de l’Ourcq, une position stratégique dans la région la plus dense d’Europe. Las, des poids lourds feront du site à site de l’étranger vers tous les magasins hexagonaux ».

Alors Karl-Johan Persson, réellement soucieux de « l’empreinte carbone causée par le transport de nos produits vers les magasins » ?

On peut pardonner à des entreprises qui font des efforts notables pour améliorer leur empreinte carbone de « camoufler » provisoirement certaines lacunes, mais prendre des décisions totalement délibérées dans le mauvais sens comme H&M, ça sent un peu trop le foutage de gueule !

A bientôt

La période du 1er confinement, malgré toutes ses contraintes – car il fut de loin, le plus strict – ne fut pas celle du découragement, mais celle d’une grande inventivité, doublée d’une certaine générosité :

  • Inventivité, les entreprises découvraient la distanciel, le télétravail bien sûr, mais aussi les webinaires, format novateur – à défaut de nouveau – qui allait leur permettre d’apporter la bonne parole – de leur savoir faire – aux quatre coins de l’hexagone ;
  • Générosité, car bien des services devenaient soudain gratuits, comme par exemple ces séminaires payants qui se muaient en webinaires gratuit.

Et puis il y avait l’espoir qu’après la période estivale chaotique, tout allait redémarrer en septembre même si pesait déjà l’ombre d’une seconde vague …

Le printemps 2021 sera celui de l’usure : marre, les travailleurs – quel que soit leur niveau de responsabilité – n’en peuvent plus de ne plus pouvoir dialoguer avec leurs collègues autour d’un café, ou échanger sur un sujet qui leur tient à cœur en marge d’une conférence.

Les webinaires, qui faisaient le plein durant le 2nd trimestre 2020, n’attirent plus les foules un an plus tard : le distanciel ne fait plus recette …

A l’aube d’une nouvelle trêve estivale, il faut imaginer la rentrée 2021.

Qui ne sera ni semblable à celles d’avant, ni à septembre 2020 : quelque-chose d’hybride, où présentiel et distanciel se marieront, où un nouvel équilibre entre télétravail et présence au bureau sera à trouver – le monde sera phygital ou ne sera pas, dira-t-on pour paraphraser Malraux ! Ça, c’est la vision optimiste …

Mais aussi un monde encore marqué par la souffrance : les citoyens, salariés et consommateurs, ont besoin de récupérer, même si personne ne compte avec le même zèle maladies physiques et psychiques ; et pourtant, la détresse psychologique touche aujourd’hui près d’un salarié sur deux.

La rentrée 2021 sera convalescente à tous points de vue :

  • Convalescente, parce que de nombreux secteurs peineront longtemps à surmonter la crise économique qui a accompagné la sanitaire … et qui perdurera encore bien la fin de cette dernière ;
  • Convalescente, parce que les consommateurs mettront longtemps à retrouver leurs marques, passée l’euphorie des premiers verres bus avec des amis en terrasse ;
  • Convalescente aussi, parce que les salariés ne supporteront pas – plus – les comportements agressifs : commerciaux, oubliez le démarchage intensif !

De nouvelles relations entre fournisseurs et clients sont à inventer, de nouvelles postures : ce sera – pour reprendre un terme très à la mode en marketing – du test and learn, soft si possible.

Ce qui sûr, c’est que dialogue qu’avec Alain Beauvieux, nous avons entamé l’an passé et qui a conduit au libre blanc Vendre Demain, téléchargeable sur ce site, devra être relancé.

Georges-Edouard Dias et la grande rébellion des consommateurs

Le marketing a trop souvent considéré les consommateurs comme des cibles taillables à merci, pourvu qu’on leur propose des produits et/ou services à peu près adaptés à leurs besoin … sauf qu’aujourd’hui, ça marche de moins en moins – voire plus du tout selon les populations à qui on s’adresse : la grande rébellion des consommateurs, c’est maintenant et partout !

Quelle forme prend-elle ? Comment en est-on arrivé là ? Quels secteurs sont les plus touchés ? Quelles solutions pour les marques ? Et sur quoi tout cela va-t-il déboucher ?

Toutes ces questions, le Club Horizon(s) de l’Adetem les a posées le 4 Mai dernier à un panel d’expert ; retour sur cet événement avec Georges-Edouard Dias, Co-Founder & Chief Strategy Officer de QuantStreams, Program Manager à HEC, membre du Conseil Scientifique de l’Adetem.

MarketingIsDead : Selon le baromètre Edelman Trust 2020, 62% des Français déclarent « craindre d’être des laissés pour compte de la croissance », et seuls 19%   pensent que « les choses vont s’améliorer dans les cinq ans à venir » : faut-il y voir les bases de leur révolte ?

Georges-Edouard Dias : La révolte des consommateurs prend sa source dans l’augmentation constante des inégalités de pouvoir d’achat amplifiée par les crises financières et maintenant sanitaires : ce sont toujours les classes moyennes et inférieures qui en font les frais.

Le capitalisme tel que nous le vivons, s’il a permis de créer une société d’abondance, va cependant échouer socialement par son incapacité à mieux redistribuer les fruits de la croissance. Une majorité grandissante de Français (62% avant le début de la crise COVID) constate que les principaux bénéficiaires du capitalisme sont par définition, ceux qui disposent d’un capital qu’ils peuvent investir ; tant les revenus du capital sont toujours largement supérieurs en proportion à ceux du travail. Et bien sûr encore plus en temps de crises…

Ceci construit une société où il y a de moins en moins de « nantis », mais où chaque nanti dispose de considérablement plus de patrimoine, et où la classe moyenne se sent de plus en plus proche du seuil de pauvreté… D’où des tensions fortes, et une révolte qui risque d’aller bien au-delà de celle des consommateurs.

La probable multiplication des crises, notamment sanitaires et environnementales ne va qu’exacerber ce phénomène : il est urgent de redonner confiance au citoyen-consommateur, en montrant que le capitalisme peut se réformer en constituant une société de consommation plus redistributive, et donc plus pérenne.

MarketingIsDead : Plus que d’une révolte, tu parles d’une mutinerie ?

Georges-Edouard Dias : « Une mutinerie est une action collective de révolte au sein d’un groupe réglé par la discipline, les détenteurs de l’autorité étant généralement mis en cause avec vigueur ».

Voilà des années que les consommateurs se sont conformés aux modes de consommations proposés par la société, répondant avec discipline aux injonctions des marques, comme aux injonctions des autorités gouvernementales et religieuses auxquelles ils faisaient une large confiance. Cette ère de la confiance dans la société et ses institutions est aujourd’hui révolue, et le cercle de confiance se restreint aujourd’hui à ce qui est physiquement proche de soi, ceux que l’on connaît et qui nous connaissent : mes amis, mon entreprise, mes commerçants, mon médecin et mon pharmacien, mon maire…

La consommation est un marqueur essentiel de ce nouveau localisme, une manière de voter concrètement pour la société à laquelle on croit parce qu’on y existe. Les consommateurs deviennent des mutins au sens propre,  ils désertent progressivement les casernes imposées de la consommation, pour s’organiser entre eux, dans une économie locale où la valeur générée par ce qu’ils consomment bénéficie d’abord à la communauté.

Les mutins prennent le contrôle de leur vie économique locale : ce n’est pas une révolte, qui impliquerait de la violence ; c’est la volonté d’exercer cette liberté fondamentale de consommer comme on le souhaite, et de s’assurer de l’impact positif de sa consommation autour de soi.

Rien de surprenant donc à ce que les consommateurs s’attaquent spontanément à tous ceux qui voudraient continuer à les diluer dans un modèle générique de consommation décidé au niveau national et orchestré par des chaînes de distribution uniformément réparties sur le territoire, au gré des ronds-points qu’ils finissent par prendre d’assaut. Il est urgent que notre société comprenne, accepte et même encourage cette nouvelle écologie de la consommation, où des communautés s’organisent pour mieux subvenir à leurs besoins essentiels, qu’ils soient dans le domaine alimentaire, énergétique ou dans les services de proximité. Demain, c’est de la création de valeur de ces communautés que se construira la prospérité de notre société ; la richesse du local alimentant la vitalité de l’économie nationale.

On ne peut plus imaginer aujourd’hui une économie nationale forte de son seul pouvoir central : la force et surtout la résilience d’une économie nationale se construira par la vitalité des cellules locales qui la composent.  

MarketingIsDead : Le marketing aujourd’hui est-il en phase avec ce nouveau contexte sociétal … ou doit-il se réformer rapidement ?

Georges-Edouard Dias : Dès l’origine, le marketing s’est mis au service de la société capitaliste en servant d’abord l’intérêt des actionnaires, alors que sa mission est avant tout de servir l’intérêt des clients. Dopé par les technologies digitales, le marketing tend même à devenir aujourd’hui une grande table d’écoute destinée à espionner les consommateurs et à les formater dans un mode de consommation global au service d’un modèle unique de croissance des profits.

Plus le marketing va dans cette voie, plus il se marginalise aux yeux des consommateurs, qui se mutinent dans leur cercle de proximité, et plus la fonction marketing se marginalise au sein des entreprises en se diluant dans la data et le digital.

Il est temps de mettre le marketing en phase avec le consommateur : que ses capacités d’écoute, que son esprit de synthèse, que sa capacité d’imaginer une nouvelle société de consommation au service de chacun soient enfin mis à profit. En servant avant tout le consommateur, le marketing servira mieux l’entreprise, qui tire avant tout sa prospérité de la confiance et de la consommation de ses clients, et par voie de conséquence, l’entreprise servira mieux ses actionnaires et au-delà, les enjeux planétaires.

On ne peut pas espérer une transformation écologique, dont on sait qu’elle nécessite une évolution importante des modes de consommation, si ses bénéfices ne sont pas traduits concrètement dans la vie quotidienne de chacun. C’est le rôle du marketing aujourd’hui que d’épauler au sein des entreprises cette grande mission de sauvetage de notre planète en démontrant aux consommateurs le bénéfice concret qu’ils en tireront dans l’amélioration de leur vie quotidienne, pour eux-mêmes et pour leur communauté d’intérêt.

« La planète n’est pas à vendre, c’est pour cela qu’elle a tant besoin du marketing » (le nouveau manifeste des évidences, Adetem 2021).

MarketingIsDead : Tu évoques une nouvelle mission pour le Marketing …

Georges-Edouard Dias : A un moment où les consommateurs retrouvent leur confiance dans leur capacité de transformation de la société (selon le baromètre Edelman 2021, 64% des consommateurs Français se disent qu’ils ont le pouvoir de changer les choses, notamment dans les entreprises), il est important que se constitue au sein de la société en général et des entreprises en particulier une force capable de canaliser cette nouvelle expression des consommateurs pour qu’elle puisse déboucher sur des réalisations concrètes.

Qui mieux que le Marketing, centre d’écoute et d’analyse des souhaits et des attentes du consommateur, pourrait organiser cette expression, et forcer le changement au sein des entreprises ?

Dans la reprogrammation souhaitée par le consommateur de notre société de consommation, oui, le marketing fait naturellement partie de la solution.

C’est là la nouvelle mission du marketing, reprendre le contrôle de la gouvernance de l’entreprise pour la remettre d’abord au service de ses clients et de la planète. Ce n’est plus la Finance ou, pire, le Digital qui formera les CEOs de demain : ils seront tous issus (de nouveau) des rangs du Marketing!

Le marketing vu de Séoul

Hyung-Rae travaille chez Delitoon en France, mais partage son temps entre Paris et Séoul.

MarketingIsDead : Tu es directeur des contenus et de la plateforme Delitoon : tu peux nous en dire un peu plus sur cette startup et ta mission ?

Hyung-Rae : Delitoon est la première plateforme de webtoon (bande-dessinée nativement en ligne, avec pour spécificité d’être en « scrolling » vertical – c’est-à-dire – une lecture verticale de haut en bas ; le rendant extrêmement adapté à la lecture mobile), créé en fin d’année 2015. Elle est première dans son secteur, notamment en termes de CA, loin devant les acteurs traditionnels du marché.

Delitoon propose un modèle économique atypique, qui diffère radicalement des principaux modèles présents sur le marché, en s’abstenant de proposer un modèle par abonnement, mais un modèle freemium, inspiré du monde des jeux vidéos. Les utilisateurs s’inscrivent gratuitement sur la plateforme et peuvent lire une partie des contenus gratuitement. S’ils souhaitent continuer, ils peuvent acheter des packs de coins, avec un tarif unitaire dégressif selon la quantité. Puis, chacun est libre de dépenser les coins de son portefeuille pour accéder à un épisode payant. 

Ce modèle comporte plusieurs avantages : un calcul des partages des droits plus justes et plus clairs ainsi que de mettre un « prix » sur un bien culturel numérique. En effet, avec la prolifération des abonnements dits « illimités », beaucoup de personnes ont perdu la notion de valeur sur les contenus qu’elles consomment. De plus, les abonnements illimités ne permettent pas un partage équitable entre la plateforme de diffusion et les producteurs/créateurs. Avec ce modèle, le partage est simple : un achat d’épisode va produire un chiffre d’affaires qui va être partagé avec l’ensemble des acteurs en jeu.

La grande question que l’on peut se poser par rapport à ce modèle est sa viabilité. Je pense que le modèle a fait ses preuves en Asie, plus particulièrement en Corée du Sud, mais également le Japon, la Chine ou encore à Taïwan ou en Indonésie. Le modèle rencontre également un énorme succès aux Etats-Unis en ce moment même avec les principaux acteurs du secteur s’efforçant à exporter leurs succès.

Depuis la création de Delitoon, j’ai pu accompagner son développement en commençant par les bases : le modèle économique ainsi que les aspects englobant le financement, les business plan, le marketing, la communication mais également tous les aspects éditoriaux (prise de contact avec les ayant-droits, négociation des droits, mise en place des flux éditoriaux (localization process)), ainsi que la programmation et les promotions au sein de la plateforme.

Dans ce cadre, nous avons pu travailler avec un budget extrêmement important essentiellement tourné vers le marketing digital, et plus particulièrement, tourné vers les contenus. En effet, ma conviction et notre conviction a été que ce qui intéresse réellement nos lecteurs, ce sont les contenus que l’on propose. C’est notre plus grande porte d’entrée et c’est ce qui fait notre force. Ainsi, nous avons capitalisé la majeure partie de notre budget sur les contenus et nous nous sommes attachés à faire en sorte que les utilisateurs puissent « goûter » nos séries. Cela a été une stratégie gagnante, nous permettant d’acquérir un maximum d’utilisateurs en très peu de temps.

Sur la programmation et les promotions, nous pouvons dire que ce sont deux points qui sont extrêmement importants dans la mécanique économique de la plateforme. En ayant une publication hebdomadaire d’un nouvel épisode toutes les semaines, cela permet et donne un rendez-vous régulier à nos lecteurs, qui ont à présent une raison de revenir très régulièrement. Cela permet également de « lisser » le chiffre d’affaires sur une semaine et d’avoir un point de contact régulier avec le client, nous permettant de « travailler » afin de lui adresser une offre ou lui faire découvrir de nouvelles séries.

Par exemple, si une personne suit une série par jour, cela signifie que cette personne se connectera potentiellement au moins une fois par jour, signifiant que nous faisons partie du quotidien de cette personne. De plus, avec les différentes mécaniques développées et présentes sur la plateforme, s’inspirant des jeux « freemium », même si la personne n’est pas acheteuse, nous tentons à chaque instant de donner une raison de se connecter et d’utiliser nos services.

En résumé, mon rôle est non seulement de recruter de nouveaux utilisateurs, de les convaincre, de leur donner envie de consommer nos contenus mais également, de leur donner une raison de rester sur la plateforme, par l’intermédiaire des différentes mécaniques ainsi que les promotions, afin de continuer leurs expériences de lecture avec nous.

MarketingIsDead : Tu es expert en marketing, mais en plus tu possèdes une double culture française et coréenne : en quoi le marketing vu de Séoul diffère-t-il du marketing vu de Paris ?

Hyung-Rae : En soit, les objectifs sont similaires dans les deux pays : que ce soit l’acquisition, le remarketing ou la communication de marque, il n’y a pas de différence. Je pense que la principale différence réside dans la volonté, voire l’acharnement, des coréens à être de plus en plus efficaces. Tous les moyens sont bons afin d’atteindre un niveau de ROI satisfaisant et les marketers ne se contentent pas d’être sur la « moyenne du marché ».

Pour cela, il y a une règle fondamentale qu’il faut respecter : toutes les actions doivent être mesurables et mesurées, et avoir un objectif précis (KPI). Par exemple, dans le cas de Delitoon, les campagnes digitales ont pour objectif de se centrer sur l’acquisition de nouveaux utilisateurs. Pour ce faire, nous nous basons sur le CPA (Cost per Action) que nous mesurons via différents outils (propres ou proposés par les régies publicitaires), par campagne ou par série. L’idée étant d’analyser en temps réel les impacts ainsi que les résultats macro et micro que nous pouvons observer pour prendre une ou plusieurs décisions en accord avec les derniers. Le processus de Test & Learn est donc perpétuel et en temps réel. Par la suite, nous en tirons les leçons afin de déterminer et de décliner les éléments qui fonctionnent.

Je pense également qu’une grande différence se situe sur la réactivité et la prise d’opportunités. En effet, le marketing coréen est extrêmement réactif aux événements et opportunités qui surgissent dans le paysage. Ainsi, les entreprises n’hésitent pas à s’accaparer d’événements qui peuvent paraître mineurs, notamment tout ce qu’il peut se dérouler dans les réseaux sociaux. Dès la découverte d’une tendance sur les réseaux, les différentes campagnes sont adaptées dans les heures qui suivent afin de « coller » au mieux et de profiter de ces opportunités. Toutes les opportunités sont bonnes à prendre : ce dernier permet de soulever un dernier point concernant l’ambiance en général autour du marketing en Corée – l’agressivité marketing est beaucoup plus forte à Séoul qu’à Paris. 

Cette agressivité peut-être perçue de plusieurs manières mais la principale se situe dans le fait que toutes les actions sont coordonnées et faites pour « faire du chiffre » et la compétition est féroce afin d’attirer l’attention des prospects. Cependant, ceci est un vaste sujet qui mérite d’être traité indépendamment.

MarketingIsDead : Revenons aux startups … et à leur nécessaire adolescence : comment passe-t-on d’une démarche de type Growth Hacking à des formes plus classiques d’acquisition et à un marketing de marque ?

Le terme de Growth Hacking est vaste, cependant, en soi, je pense que cette méthode est utilisée par toutes les entreprises qui font du marketing. Cependant, quand on regarde le Growth Hacking sous le spectre des startups, c’est un moyen permettant aux entreprises de sortir du lot et de dépasser ses concurrents. Delitoon, depuis ses racines, a intégré la notion de growth hacking, dès la mise en place du business plan et donc, de la stratégie et la direction prise par l’entreprise. La clé était de mettre l’ensemble des compétences de l’entreprise vers une seule et même direction :: la croissance. Cela sous-entend, bien entendu, que l’ensemble des acteurs impliqués travaille avec un objectif commun et une vision partagée – cela est beaucoup plus facile dans une structure de type « startup » qu’une entreprise de taille plus importante.

L’un des buts du Growth Hacking est de trouver les solutions les plus efficientes en termes de coût/investissement. Comme j’ai pu l’évoquer un peu plus en haut, une fois qu’une solution viable est trouvée, on revient sur une démarche beaucoup classique de test & learn, puis d’application des méthodes. Chez delitoon, nous avons utilisé le growth hacking pour accélérer la croissance dans les premières phases : atteindre et acquérir le plus rapidement que possible notre cœur de cible. Cela nous a permis de prouver au marché que le modèle économique proposé par notre plateforme est solide, permettant aux investisseurs d’être rassurés sur l’avenir de l’entreprise.

Une fois ces objectifs de persuasion et de démonstration atteints, nous nous sommes tournés vers une communication et un marketing beaucoup plus classique afin, cette fois, mettre en place une stratégie d’extension du marché, c’est-à-dire, aller au-delà du cœur de cible, étendre le marché de manière à trouver un second souffle dans la croissance de l’entreprise. Cette phase est toujours en cours et, si jusqu’à maintenant, nous avons eu le souhait de nous concentrer sur ce que notre cœur de cible aime – nos contenus –, nous souhaitons rediriger la communication vers une communication plus globale portant sur la marque. Nous pensons que c’est là où nous pouvons trouver un second souffle pour notre croissance.

Philippe Rondeau et la grande rébellion des consommateurs

Le marketing a trop souvent considéré les consommateurs comme des cibles taillables à merci, pourvu qu’on leur propose des produits et/ou services à peu près adaptés à leurs besoin … sauf qu’aujourd’hui, ça marche de moins en moins – voire plus du tout selon les populations à qui on s’adresse : la grande rébellion des consommateurs, c’est maintenant et partout !

Quelle forme prend-elle ? Comment en est-on arrivé là ? Quels secteurs sont les plus touchés ? Quelles solutions pour les marques ? Et sur quoi tout cela va-t-il déboucher ?

Toutes ces questions, le Club Horizon(s) de l’Adetem les a posées le 4 Mai dernier à un panel d’expert ; retour sur cet événement avec Philippe Rondeau, Responsable Marketing de Sodebo, et membre du Conseil Scientifique de l’Adetem.

MarketingIsDead : Les Français se montrent de plus en plus critiques vis-à-vis des initiatives, même « citoyennes », des marques, tu en as vécu la difficile expérience chez Sodébo …

Philippe Rondeau : Les Français sont paradoxaux. Ils le sont individuellement mais la société française est aussi une société de paradoxes, pour ne pas dire une société de fractures. Ainsi les contraintes et les aspirations des uns ou des autres sont très différentes selon le lieu d’habitation (en ville, en périphérie, en zone rurale), sa situation économique, sont statut familial… Les marques qui pour la plupart sont issues des 30 Glorieuses et ont comme vocation de s’adresser à l’ensemble de la population dans une logique de consommation de masse, se trouvent face à un « archipel » qui devient impossible à adresser de façon pertinente. Les initiatives prises par les marques sont donc de plus en plus « segmentantes » donc excluant ainsi une partie de la population qui les critique vertement. Les marques tergiversent, essaient de trouver un juste milieu, font preuve de pédagogie afin d’expliquer leurs efforts pour assurer cette nécessaire transition mais le résultat n’est pas souvent à la hauteur des attentes et les consommateurs pointent immédiatement du doigt les incohérences criantes entre le discours et les actes.

Il devient très difficile pour les marques de valoriser leurs avancées « citoyennes » sans être accusées de « greenwashing », de « social washing » ou pire… D’ailleurs dans une étude récente l’institut KANTAR notait que moins de 10% d’un panel de 530 marques alimentaires étaient jugées comme « responsables » de la part des consommateurs !

MarketingIsDead : Bref, c’est la défiance qui s’installe envers les marques, tandis qu’apparaissent de nouveaux « tiers de confiance » ?

Philippe Rondeau : Effectivement, face à des marques qui ne semblent pas comprendre et répondre à leurs problèmes, les consommateurs cherchent des réponses ailleurs. La confiance se construit désormais à travers les discussions entre consommateurs et via de nouveaux tiers, qui ne se présentent pas comme des acteurs économiques mais comme des initiatives citoyennes au service des citoyens. Le boom des applis s’est construit sur ce principe. Les marques sont exclues de ces nouveaux échanges, elles n’en sont plus les actrices, juste les objets, sans avoir le moyen d’y prendre part. Ainsi la relation directe essentielle que les marques entretenaient avec les consommateurs s’étiolent.

MarketingIsDead : Et de nouveaux comportements se développent …

Philippe Rondeau : Forcément ! Les marques ayant de moins en moins la capacité à influencer les comportements de consommation faute de crédibilité, la consommation se réoriente vers de nouveaux standards en rupture avec ceux « du monde d’avant » : circuits courts vs grande distribution, produits locaux vs grandes marques internationales… Mais un autre comportement progresse également qui vise à optimiser son pouvoir d’achat : fréquentation de solderies, pratiques anti-gaspillage… Les marques « historiques » se retrouvent écartelées entre des phénomènes comportementaux très différents mais dont le point commun est une critique d’un modèle, comme une distanciation consommatoire qui s’installerait dans les pratiques des français après la distanciation sociale imposée par la Covid.

MarketingIsDead : Quelles perspectives ? Comment les marques peuvent-elles s’en sortir ?

Philippe Rondeau : En période de crise, les marques retrouvent un rôle important de repère et de réassurance. Dans un monde chahuté et incertain, les consommateurs cherchent aussi à se raccrocher à ce qui est connu et pérenne. Les marques et leur histoire apportent cette réassurance. La crise révèle aussi la place essentielle de la consommation. S’il y a une forme de mise en questionnement de la consommation, celle-ci conserve un rôle social fondamental. Les marques restent des marqueurs sociaux et permettent une forme de réalisation sociale.

Les marques ne sont donc pas vouées à disparaitre mais si elles veulent jouer leur rôle cela va nécessiter d’être beaucoup plus exigeant sur la cohérence entre les discours et les actes et de trouver la manière non plus de s’adresser à tous mais de s’adresser à chacun. C’est avec ces efforts que les marques réussiront à se réconcilier aux consommateurs rebelles.

Domotique : Big Brother Google is watching you

Pour régler à distance la pompe à chaleur de ma maison, je me suis récemment équipé d’un système domotique Google Nest Learning Thermostat, 3ème Génération … Ouf, ça c’est de la marque !

Système facile à installer : dans mon cas, un câble (non fourni) vers le réseau 220 volts, et un second (non fourni) à connecter au « contact sec » de la régulation de la pompe ; et un chargeur, avec câble mini-USB (non fournis) pour alimenter le thermostat distant.

Histoire de vous faire peur ( ?), Google vous avertit : « Courant haute tension. Nous vous recommandons de faire appel à un professionnel pour l’installation de votre thermostat Nest »  … pour le cas où ne vous sentiriez pas capables de relier un appareil à une prise ou au tableau électrique de votre foyer : un peu l’impression d’être pris pour un con !

Ensuite, tout communique, le thermostat avec le relai chaudière d’un côté, avec la box Internet de l’autre, puis l’interface Web et l’appli Smartphone, via votre compte Google … tiens, je vais encore lui fournir des données : simple, très simple !

Ensuite, vous tourner le cadran du thermostat pour choisir la température désirée … et c’est tout : Google se charge du reste … hélas !

Je me positionne sur 22,5° – je suis un peu frileux – et découvre le lendemain un thermostat réglé sur … 23° : zut, j’ai fait une fausse manœuvre ?

Que nenni ! Le Google Nest Learning Thermostat, 3ème Génération est programmé en standard sur le système d’auto-programmation Nest Sense qui « utilise une combinaison de capteurs et d’algorithmes pour recueillir des informations sur vos habitudes et sur les caractéristiques de votre maison ».

Bref, sans vous avoir spécialement demandé votre avis, Google vous flique allègrement, et modifie le fonctionnement de votre chaudière parce qu’il sait mieux que vous ce dont vous avez besoin ; vous pouvez toujours aller trifouiller dans les paramètres pour corriger le tir … mais Google table sur le fait que la plupart des utilisateurs lambda négligeront de le faire.

Comme lesdits besoins peuvent être plus larges, Google vous propose toute une suite de produits de domotique, des enceintes et écrans, aux caméras et serrure, en passant par les détecteurs de fumée, etc. : autant d’objets connectés ou connectables qui, grâce à leur « combinaison de capteurs et d’algorithmes » sauront mieux que vous ce qu’il vous faut ; tout autant de données qui vont partir on ne sait trop où, pour votre plus grand bonheur (j’en doute) et pour le plus grand bénéfice du géant américain (ça j’en suis sûr).

Big Brother n’est pas en marche : il est déjà là avec Google !

À l’ouest, et partout ailleurs, toujours rien de nouveau #7

7ème et dernier épisode de ma contribution à L’Horrificque Disputatio, ouvrage collectif des Mardis du Luxembourg.


3 semaines plus tard

Trois semaines plus tard, Niels quittait enfin Paris pour Montcuq.

Sa dernière soirée parisienne, il l’avait passée avec dans un petit cinéma de la Rive Gauche spécialisé dans la science-fiction de la fin du 20ème siècle, pour voir un vieux film de Terry Gilliam, Brazil.

L’histoire d’un bureaucrate bien terne qui, suite à une erreur administrative, se retrouve accusé d’espionnage pour avoir sauvé la vie de la femme qu’il aime … dans ses rêves ! Dans cette dictature rétro-futuriste, les chimères se transforment bien vite en cauchemars … 

Arrêté, torturé, mais ne pouvant rien avouer – normal, il ne sait rien, il est juste victime des circonstances –, il s’évadera in extremis de cet enfer grâce à l’intervention d’un résistant – d’un terroriste pour les autorités – et retrouvera l’amour de sa vie : happy end !

Happy end … pas vraiment : en réalité, il ne s’évadera que … dans la folie !

La scène finale lui revenait sans cesse en tête : après son évasion de la chambre d’extermination de la prison, Sam Lowry, le héros, arrive enfin dans une vallée ensoleillée – le repère des rebelles ; bizarrement, le visage de ses bourreaux se superpose au paysage … et l’on retrouve un Sam béat, attaché sur son siège de torture, le regard à jamais fixe …

Le public – surtout les jeunes – raffolait de ces dystopies qui les plongeaient dans un univers bureaucratique et étouffant pas si éloigné de leur quotidien : la France, l’Europe, le monde entier se transformait en une vaste dictature larvée ; une manière sans doute de conjurer leurs angoisses, en se disant qu’il y a toujours pire. Nettement pire !

Une autre façon de fuir un quotidien trop pesant.

Heureusement, si les gouvernants se montraient toujours aussi peu capables à résoudre les problèmes sanitaires, les entreprises avaient su d’adapter, adoptant souvent des comportements presque … vertueux : « presque », parce qu’en réalité, elles y trouvaient très concrètement leur intérêt.

Généralisation du télétravail, par exemple : d’une part, cela évitait de voir leurs locaux devenir des clusters infectieux ; et puis des employés aussi isolés se montraient moins sensibles aux sirènes syndicales ; enfin cerise sur la gâteau, le système leur permettait de réaliser de très substantielles économies de locaux.

Relocalisation de la production – pas nécessairement sur le territoire national, mais dans un rayon écologiquement « acceptable » de 1000 à 2000 kilomètres, ce qui incluait toute l’Europe, mais aussi l’Afrique du Nord : les consommateurs acceptaient désormais de payer un peu plus cher les produits bénéficiant d’un petit label vert « transport responsable » … et on évitait la concurrence asiatique ou indienne !

D’importants secteurs se restructuraient très rapidement : ainsi la stricte application, puis l’élargissement, d’anciennes directives européennes relatives à la protection des données, avaient sapé sur le vieux continent l’hégémonie des Google et autres Amazon ; et si le transport aérien apparaissait définitivement sinistré, le ferroviaire bénéficiait du renouveau du ferroutage.

Comme toujours, de tels bouleversements apportaient leurs lots de gagnants et de perdants, tant au niveau des entreprises qu’à celui de leurs salariés : car tous ne bénéficiaient pas du même « confort » de travail : si les cadres comme Niels tiraient un réel profit du travail à distance, les ouvriers, eux, redécouvraient les affres des trois-huit généralisés qui permettaient de conserver une nécessaire distanciation sociale en usine … pas très gai !

Pour un employé autonome comme Niels par contre, l’avenir s’annonçait presque « bipolaire » – enfin métaphoriquement parlant : on aurait pu aussi le qualifier de totalement incertain, imprévisible, chaotique … quantique ? L’avers et le revers d’un même monde.

Côté pile, une sorte de dictature à peine larvée, et son lot d’oukases : interdictions de se retrouver à plus de 5 – ou 10, ou 12, ou 3 selon les jours et les lieux – dans l’espace public, couvre-feu plus ou moins tardif, transports en commun strictement régulés selon les plages horaires, permis de circuler, etc. Et son lot de sanctions : amende, annulation des permis de circuler, travaux d’intérêt général plus ou moins exposés et dangereux, etc.

Côté face, un espace privé acceptable, sinon agréable … dans les limites d’un certain confinement, bien entendu !

Donc à Paris et dans les grandes métropoles, où les virus circulaient – ou étaient censés pouvoir aisément circuler – la claustrophobie pouvait rapidement gagner ; mais pas à la campagne, où la vie semblait presque « normale », les pandémies n’existant guère qu’à la télévision et au travers des médias sociaux.

Des hordes de cadres avaient fui les zones trop urbanisées, et il devenait difficile de trouver une maison à louer ou à acheter même dans les hameaux les plus reculés de la Lozère ou de la Creuse – inversement le marché de l’immobilier parisien s’était effondré ; et tout ce petit monde télétravaillait dans son jardin.

Tout n’était pas nécessairement si rose, et même dans ces régions l’avenir demeurait incertain : on avait vu des villages soudain totalement confinés, des expulsions administratives plus ou moins motivées – sans oublier l’hostilité croissante des ruraux.

Mais globalement, l’avenir ne s’annonçait pas si désagréable pour Niels : Albertine l’attendait à Montcuq, et aucune ombre ne semblait planer au-dessus de leurs têtes.

Carpe diem … et après moi, le déluge !

600 kilomètres – la quasi-totalité, 550 kilomètres, par autoroute – et 6 bonnes heures de conduite : en partant très tôt le matin, il pouvait espérer arriver vers midi pour déjeuner dans les Causses – il pourrait sortir du côté de Rocamadour, se balader un peu en montagne, trouver un petit restaurant traditionnel …

Après, il improviserait : il délaisserait certainement l’autoroute pour rejoindre Albertine à Montcuq, s’imaginant parcourir les derniers kilomètres depuis Cahors face à l’Ouest et au soleil … un peu comme un pauvre cowboy solitaire, loin de son domicile !

Un peu comme Sam Lowry, aussi : en fait, il ne savait plus trop vers quoi – ou qui – il se dirigeait … le bonheur, sans doute … la folie, peut-être … une Albertine souriante, espérait-il … ou encore un mélange de tout ça, dont il faudrait bien se dépatouiller !

Finalement, à l’Ouest, toujours rien de nouveau … juste tout et son contraire … et pour longtemps, sans doute !