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L’IA ne résout pas automatiquement le problème du passage à l’action

Suite et fin de l’interview de Frédéric Canevet, coauteur de Business Express.

Question : Question piège ultime : avec l’arrivée de l’IA, on a encore besoin de s’embêter de tout cela ?

Frédéric Canevet : C’est une très bonne question, et c’est une question que nous nous sommes nous-mêmes posée lorsque nous avons commencé à écrire ce livre avec Jean-Paul.

Nous nous sommes dit : finalement, avec l’intelligence artificielle, tout existe déjà. Il suffit de poser une question à ChatGPT ou à une autre IA pour obtenir une explication, une méthode ou un plan d’action.

Et, d’une certaine manière, c’est vrai.

L’intelligence artificielle donne aujourd’hui accès à une quantité considérable de connaissances. Si l’on veut comprendre un sujet, découvrir une méthode ou obtenir des conseils, il n’est plus nécessaire d’acheter un livre encyclopédique de 400 pages.

La connaissance est devenue accessible partout et immédiatement.

Mais c’est justement là que se situe le problème.

Avoir accès à la connaissance ne signifie pas forcément savoir quoi en faire.

L’IA peut proposer des dizaines de plans d’action, de conseils ou d’idées. Mais ces réponses restent parfois génériques. Elles peuvent aussi être trop complexes, trop ambitieuses ou insuffisamment adaptées à la situation réelle de la personne qui pose la question.

Surtout, l’IA ne résout pas automatiquement le problème du passage à l’action.

Et c’est précisément là que notre livre trouve son intérêt.

Aujourd’hui, le problème n’est plus forcément de trouver de l’information. Le problème, c’est de choisir parmi toutes les possibilités.

Il y a trop de méthodes.

Trop de conseils.

Trop d’opportunités.

Et, paradoxalement, avoir trop de possibilités peut conduire à ne rien faire.

On peut passer des heures à demander à une IA quelle stratégie utiliser, quelle action lancer ou quel outil choisir, et se retrouver à la fin avec encore plus de choses à faire qu’au départ.

C’est une forme de paralysie par l’abondance.

Notre objectif n’est donc pas de proposer un livre encyclopédique qui expliquerait tout sur tous les sujets.

Notre objectif est beaucoup plus simple : aider les lecteurs à savoir quoi faire, dans quel ordre et à quel moment, puis les accompagner pour qu’ils passent réellement à l’action.

C’est tout le principe de la méthode 90-30.

Pendant 90 jours, le lecteur avance progressivement, avec une action concrète à réaliser chaque jour.

Il ne se retrouve pas face à une liste interminable de possibilités.

Il est guidé pas à pas.

Pour chaque action, il dispose d’une méthode, d’explications, d’exemples, d’erreurs à éviter et d’un plan d’action concret.

Nous avons également ajouté des histoires et des exemples inspirants.

Car la motivation ne vient pas uniquement d’une liste de bonnes pratiques. Il est souvent beaucoup plus facile de passer à l’action lorsqu’on voit comment d’autres personnes ou entreprises ont appliqué une idée et obtenu des résultats.

C’est aussi pour cela que nous avons prévu des podcasts et des ressources complémentaires dans l’espace lecteur.

L’objectif est d’aider le lecteur à maintenir sa motivation pendant toute la durée du programme.

Mais cela ne signifie absolument pas que nous opposons le livre et l’intelligence artificielle.

Au contraire.

Pour nous, les deux sont complémentaires.

Le livre donne la méthode, la logique et le chemin à suivre.

L’intelligence artificielle permet ensuite d’accélérer et de personnaliser la mise en œuvre.

Par exemple, il y a encore quelques années, pour apprendre le copywriting, comprendre certains mécanismes des neurosciences ou analyser une landing page, il aurait fallu lire un livre complet ou faire appel à un expert.

Aujourd’hui, l’IA permet d’aller beaucoup plus vite.

Grâce aux prompts que nous proposons, le lecteur peut utiliser l’intelligence artificielle pour adapter une méthode de copywriting à ses produits, améliorer une landing page ou approfondir un sujet…

Mais les prompts ne suffisent pas à eux seuls.

C’est un point important.

Un prompt peut donner une réponse. Il ne vous indique pas forcément si c’est la bonne priorité, si c’est le bon moment pour appliquer cette méthode ou si cette action est réellement pertinente dans votre situation.

C’est pour cela que nous avons conçu le livre comme un “coaching” de 90 jours.

Au départ, nous avons d’ailleurs eu un moment de doute avec Jean-Paul.

Nous nous demandions : « Est-ce que cela a encore du sens d’écrire un livre alors que l’IA peut déjà répondre à presque toutes les questions ? »

Et puis nous avons réalisé que l’accès à la connaissance n’était pas le véritable problème.

Le problème est de savoir ce qu’il faut appliquer.

Quand il faut l’appliquer.

Dans quel ordre.

Et, surtout, de réussir à continuer suffisamment longtemps pour obtenir des résultats.

C’est là que la motivation et l’accompagnement deviennent essentiels.

À mon avis, les livres doivent donc évoluer.

Nous avons probablement moins besoin de livres encyclopédiques qui accumulent les connaissances, parce qu’une grande partie de ces connaissances est désormais accessible instantanément.

En revanche, nous avons besoin de livres qui donnent une direction, simplifient les choix, proposent un chemin concret et aident réellement les lecteurs à obtenir des résultats.

C’est exactement ce que nous avons voulu faire avec ce livre.

L’intelligence artificielle apporte la puissance et l’accès à la connaissance.

Le livre apporte le cadre, la méthode, les priorités, les exemples et la motivation.

Et c’est finalement cette complémentarité qui permet le plus facilement de passer de la connaissance à l’action, puis de l’action aux résultats.

Vous reprendrez bien une petite tranche de chaos ?

L’époque s’y prête, politiquement, socialement, économiquement : à l’heure où j’écris ces lignes, le chaos s’installe dans les lycées. A cela, ajouter une (très) forte dose d’IA, et vous verrez comme ça tangue !

Après la mémoire, le chaos : tel est de dernier sujet de réflexion qui nous anime aujourd’hui, moi et mes copains des Mardis du Luxembourg.

Les mardis du Luxembourg ?

Même Gemini nous connaît : « Les Mardis du Luxembourg est un cercle d’échanges et de controverses initié à la fin des années 1990 par François Laurent. Ce groupe réunit divers experts indépendants, prospectivistes et auteurs pour débattre de sujets de société, d’avenir, de rationalité scientifique et de prospective politique ».

Pour faire bref, un groupe de copains qui se réunit environ une fois par mois pour refaire le monde et publier quelques bouquins ; le dernier, c’est Quand j’avais 20 ans en 2050. Les auteurs : Frédéric Canevet, Christian Gatard, Hyung-Rae Kim, Yves Krief, François Laurent, Marc Michiels, Alexandre Rispal, Jean-Jacques Vincensini.

Pour le chaos, d’autres nous ont rejoint Dominique Marest, Chloé Lussange, Nuray Alagoz, Thierry Semblat … et si l’exercice vous tente, venez participer à la palabre – envoyez-moi un message !

Comme son nom l’indique, les Mardis du Luxembourg ne se réunissent jamais au Luxembourg (ils laissent ça aux sénateurs) et pas toujours le mardi (ils laissent ça aux pugnaces admirateurs de Mars) … même si par le passé, des choses ont pu se passer Rive Gauche.

Les Mardis du Luxembourg constituant eux aussi un système chaotique, tous mes copains ne partagent évidemment pas ma vision du chaos : il y a les matheux, qui ne jurent que par Poincaré, les mytheux, qui y voient une sorte d’état primordial de vide et de béance originelle.
Et puis, tous les autres… en fait, chacun y va de sa petite définition.

Alors pendant que mes complices cogitent, je vais demander à d’autres amis non mardisiens quelle est leur définition du chaos, en deux ou trois paragraphes maxi, et je publierai les papiers ici.

Si l’exercice vous tente… à vos plumes.