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C’est déjà demain

Dans une ville connectée … #1

Dans un post récent, j’annonçais la réunion du Club Expérience Digitale de l’Adetem du jeudi 2 mars prochain consacrée à la Smart city, pour laquelle plusieurs membres du Comité Scientifique ont rédigé une nouvelle pour lancer les débats : voici la mienne.

 « Bonne soirée, les gars, c’était sympa hier soir de boire un café ensemble et de faire connaissance de visu avec les nouveaux ! ».

François fait un peu signe de la main à ses collaborateurs réunis autour de la grande table de leur bureau … virtuel : en réalité, tous travaillent comme lui depuis leur domicile.

« Albert, je m’en vais ».

Albert, c’est le portier – virtuel bien sûr – de l’entreprise, que chacun a pu affubler d’un sobriquet de son choix ; lui a choisi Albert en souvenir d’un vieux disque retrouvé lors d’un vide-grenier – une chanson d’un groupe français des années 60 : Albert, le contractuel qui « croyait que sa vie était belle ».

La « vraie » vie comme la virtuelle ne sont-elles pas que des illusions ?

La veille, pour la première fois depuis des semaines, leur directeur les avait convoqué pour une réunion de service, suivie d’un déjeuner d’intégration des nouveaux ; de tels rencontres devenaient de plus en plus rares : pas très écologique de tels déplacements et surtout, quel temps gâché !

Pour lui, ces rendez-vous désuets revêtaient un certain charme : sortir de bon matin, traverser le centre commercial voisin pour se rendre à la gare du métro express régional, prendre un café en regardant les habitués courir – puis, une fois dans sa rame, chausser ses lunettes de réalité virtuelle, et se faire une série.

La traversée matinale de la galerie marchande est pleine de surprise : généralement les boutiquiers testent les nouvelles offres promotionnelle de la journée. Il suffit donc de passer deux ou trois devant la même boutique pour se voir proposer un veste, puis un jean, puis une chemise à prix cassés … et ensuite pousser la porte pour profiter de toutes ces remises.

Hier matin justement, il s’était vu proposer un super costume décontracté … mais en consultant son compte en banque sur ses lunettes connectées, il s’était aperçu que le virement de sa paie n’était pas encore arrivé ; déjà le mois dernier, il s’était montré un peu trop désinvolte et son banquier virtuelle – mais banquier quand même – l’avait tancé !

La promotion l’avait suivi toute la journée, et la boutique du Forum des Halles lui avait même envoyé un jeton cadeau de 10 euros complémentaire pour le faire craquer : décidément, les commerçants avaient de plus en plus de mal à écouler leurs stocks.

Et en rentrant, il découvrit même un jeton complémentaire à dépenser avant le lendemain midi : sa géolocalisation montrait qu’il était revenu chez lui, et comme il travaillait à domicile, il fallait trouver un moyen de le faire ressortir en dépit de ses habitudes.

Humain, pas assez ou trop humain ?

Les débats ont été passionnants et passionnés aux Sommets du Digital de La Clusaz sur la thématique de l’intelligence artificielle.

Thème : AI et robotique vont détruire 50% de nos jobs dans les années à venir, notamment dans le domaine médical : mais Watson (du nom de l’AI d’IBM) saura-t-il montrer suffisamment d’empathie à ses patients pour que ces derniers se confient pleinement à lui ? Après tout, certains seniors japonais entretiennent des liens très étroits avec leurs robots de compagnie …

Thème : une AI collaborant avec un humain sera toujours plus performante qu’une AI seule (sous-entendu : l’humain irremplaçable) ; oui mais, la collaboration d’un imbécile avec un génie n’aurait-elle pas plutôt tendance à tirer ce dernier vers le bas ?

Thème : AI plus fiable : demain le véritable risque pour les voitures autonomes, ce seront celles conduites par des humains moins fiables … Quid des piétons qui traversent en dehors des clous, on va leur interdire la marche à pieds ?

Thème : l’AI prendra-t-elle un jour le pouvoir – back to 2001, l’odyssée de l’espace : mais non voyons, jamais une machine crée par l’homme ne disposera d’un tel libre arbitre … à moins d’un programmateur fou qui trahisse l’humanité ! Et quid d’une machine, créé non pas par l’homme, mais par une autre machine : c’est le principe même de la singularité, et le sujet des travaux de Singularity University, le think tank créé dans le giron de Google et de la NASA.

La vision ultime de tous ces experts et gourous qui dissertent sur l’AI, reste toujours teintée d’esprit divin – comme si, face à la machine, l’homme ne pouvait que s’assumer comme une créature de Dieu. Ou disons, d’un ou plusieurs dieux, selon les religions, et pour ne vexer personne.

Posons-nous maintenant dans une posture réellement « athée » : l’homme est juste le fruit de l’évolution – salut Darwin ! – donc son esprit – et toute la magie de la conscience – ne sont que le résultats d’échanges chimiques, ou chimio-électriques, c’est un peu compliqué, mais il n’y a aucun coup de pouce divin à y ajouter.

Alors là, on n’a plus qu’à disserter sur les mérites comparés de deux types de machine, l’une biologique, déjà bien ancienne, l’autre électronique, plus récente, mais dont la puissance augmente bien plus rapidement … tout reste ouvert, et nul ne peut prédire qui sera au service de l’autre – voire à la botte de l’autre – dans les années à venir.

IoT : l’expérience client ne sera pas au rendez-vous !

Le CES s’ouvre à Las Vegas et les startups françaises y occupent une place de choix : l’IoT sera hexagonal à en croire les commentateurs … français !

Quand on analyse le succès – euphémisme ! – des montres connectées, on comprend que le marché ne deviendra réellement mature que lorsqu’il dépassera le petit monde des geeks pour séduire le grand public et que ce sont les objets de notre quotidien qui se connecteront … avec de réels bénéfices, s’entend.

Or c’est là que les vrais problèmes vont se poser !

Je ne reviendrai pas sur les problèmes de sécurisation des connexions : les pirates ont de beaux jours devant eux – et les consommateurs, bien des soucis à se faire.

Mais je préférerais évoquer le problème de la formation des installateurs : car si aujourd’hui quand vous avez un problème avec votre installation fibre, vous voyez débarquer chez vous un techniciens Orange ou Bouygues, si demain vous avez un problème avec votre chaudière connectée, vous aurez à en discuter avec un … plombier.

Un plombier, c’est-à-dire un artisan très compétent pour couper des tuyaux et les souder – mais pas vraiment informaticien, et encore moins geek !

Je ne galèje vraiment pas : un petit exemple.

Viessmann, le roi allemand de la chaudière à condensation, propose désormais – pour un euro de plus, histoire de lancer le marché – des systèmes permettant de contrôler son installation à distance via Internet ; et je dis bien « installations » car elles conjuguent hard (bruleur, tuyaux, filtres, etc.) et soft : système de calculateur embarqué d’une simplicité redoutable avec quatre niveaux d’interface :

  • Niveau simple, pour passer de mode ambiance au mode veille, ou changer le niveau de température ;
  • Niveau élargi, pour programmer les heures de chauffage réduit la nuit, par exemple ;
  • Niveau de « codage » 1, et là on entre dans l’ésotérisme : « codage 00:8 Différentiel de température d’enclenchement pour la pompe du circuit solaire 8 K ; Modification possible : 00:2 à 00:30 : Différentiel de température d’enclenchement réglable de 2 à 30 K » ;
  • Niveau de « codage » 2 : encore plus subtile que le 1 !

Imaginez un « Apple addict » devant relire un vieux manuel Fortran !

Le client se dépêche de ranger précieusement ces manuels de plus de 100 pages (sic !) dans un tiroir en espérant ne jamais les en ressortir : raté, parce que le plombier est encore moins doué pour l’informatique que lui ; quand au SAV téléphonique (réservé aux pros), il présente une fâcheuse tendance à répondre « occupé » en période hivernale – quand se posent les vrais problèmes. Les consommateurs ont droit à un serviceconso@viessmann.com qui se garde bien de répondre dès qu’il ne s’agit plus de réciter le manuel – et surtout quand manifestement il a donné précédemment de fausses réponses.

Ce n’est qu’un exemple, mais il concerne une société extrêmement réputée, la Rolls de la chaudière à condensation : on imagine ce que sera demain, quand les Twingos de la chaudière seront à leur tour connectées.

L’expérience client ne me semble pas prête pour le grand rendez-vous !

Big Brother, vous aimez ?

« Il aimait Big Brother »  : ainsi s’achève le livre le plus actuel d’Orwell ! 1984 : nous y voilà enfin !

Ça a commencé de manière insidieuse …

Vous souhaitiez rencontrer l’âme sœur : vous avez laissé Tinder vous aider grâce à son algorithme secret … et un paquet de données sur vous-même que vous lui avez confiées.

Puis Amazon vous a suggéré d’acheter des tas de bouquins, tout à fait en phase avec vos goûts – toujours grâce à son algorithme secret … et un paquet de données, etc.

big-brotherMaintenant Kudoz, Clustree et autres AssessFirst vont vous proposer des jobs – et toujours grâce à son algorithme secret … et un paquet de données sur vous-même que vous lui avez confiées OU PAS, d’ailleurs !

Le gouvernement chinois, toujours à la pointe en matière de respect des droits de l’homme, lance aujourd’hui un vaste projet non seulement de recensement de ses 700 millions d’internautes, mais surtout de compilation de toutes les données les concernant, en aspirant les médias sociaux, à en croire le Washington Post : le gouvernement chinois est en passe de réaliser à l’échelon d’un pays ce que Tinder, Amazon et autres Kudoz réalisent à celui de leurs communautés ; ajoutez les algorithmes qui vont bien et voilà un moyen efficace, non pas de recruter des collaborateurs ou de leur fournir de la lecture sur mesure, mais d’envoyer derrière les barreaux de potentiels fauteurs de troubles.

Bon, direz-vous, c’est en Chine : pas chez nous. Sauf que le gouvernement vient gentiment de décider par décret – sans débat public donc – la création d’un vaste fichier des citoyens possédant un passeport et/ou une carte d’identité – avec toutes les données biométriques afférentes, bien entendu.

Pas de risques, direz-vous encore, la France est un état de droit … pour l’instant : mais avec de tels projets d’une part, et de telles capacités de traitement de l’information de l’autre, difficile de prédire ce que demain sera … Peut-être pas si souriant que ça.

Un jour, peut-être, des historiens désabusés diront : tout cela a commencé avec quelques recommandations de lecture sur le site d’Amazon.