FLaurent, Auteur à Marketing is Dead - Page 12 sur 32
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Author:FLaurent

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Une playlist pour le confinement

Comme bien des gens, j’éprouve en cette période de 2nd confinement – et certainement pas dernier – comme une sensation d’insécurité, de froid – d’angoisse ; me reviennent alors les paroles d’une vieille chanson de Pink Floyd, Astronomy Domine, composée par Syd Barrett – le guitariste improbable, capable de passer un concert entier à ne jouer qu’un accord :

Lime and limpid green, a second scene
Now fights between the blue you once knew
Floating down, the sound resounds
Around the icy waters underground
Jupiter and Saturn, Oberon, Miranda and Titania
Neptune, Titan, stars can frighten

Sinon, quelques groupes plus actuels, ou du moins quelques albums sortis cette année 2020, pèle mêle :

  • Sci-Fi Sky, de Lebanon Hanover, de la « cold wave minimaliste » comme disent les spécialistes, 6ème album du duo anglo-suisse : William Maybelline et Larissa Iceglass ;
  • Cell-0, d’Apocalyptica, en attendant leur concert au Zénith avec Epica, reporté à avril 2021, groupe finlandais interprétant leur « heavy metal » au violoncelle ;
  • Beyond The Pale, de Jarv Is, le nouveau groupe de Jarvis Cocker, pour les nostalgiques de Pulp ;
  • Nostalgie encore avec Homegrown, enregistré par Neil Young en 1975, mais jusque-là resté inédit ; ou Rough and Rowdy Ways, 39ème album studio de Bob Dylan – deux disques sortis en plein 1er confinement ;
  • A Hero’s Death, des irlandais de Fontaines D.C., groupe « post-punk » de Dublin – D.C. pour Dublin City ;
  • For Their Love, d’Other Lives, des américains, originaire de Stillwater, en Oklahoma …

Bien sûr, j’aurais pu ajouter quelques autres perles de l’année avec Put the Shine On, de CocoRosie des sœurs Bianca et Sierra Casady ; Have We Met, des canadiens de Destroyer ; Serpentine Prison, de Matt Berninger ; ou encore Working Men’s Club, jeune quatuor de Manchester pour leur album éponyme …

Les SUV ou le marketing à la Ponce Pilate

« Avant », le marché automobile pouvait apparaître relativement simple au consommateur lambda : plus on payait cher, plus on montait en gamme et on pouvait acquérir une voiture spacieuse et luxueuse ; il y avait quelques exceptions – quelques segments très particuliers : les voitures de sport, avec l’éternelle 911, les tous-terrains, un peu rudes, et puis des trucs bizarres, comme le Volkswagen Combi si cher à Jean-Marc Ayrault.

Sont venus s’ajouter les monospaces … mais on se demande pourquoi il y a fallu attendre si longtemps pour les voir arriver : il y avait un vrai besoin, mais Matra a eu bien du mal à convaincre Renault de le construite, après avoir essuyé un refus de PSA.

Puis sont apparus les SUV – pour Sport Utility Vehicle, véhicule utilitaire sportif, ce qui ne signifie … en fait, pas grand-chose –, des véhicules un peu hybrides : on ne voit d’ailleurs pas trop ce qu’ils ont de sportifs, ces SUV, vu qu’une voiture de sport doit être très basse pour coller à la route, comme la 911 précédemment évoquée.

Bref, plutôt un croisement entre véhicule de Monsieur tout le monde et véhicule tout terrain, avec un look un peu massif, sinon pataud, et destiné à séduire des conducteurs qui ont avant tout envie de dominer les autres : donc rien de rationnel, juste un marketing qui s’appuie sur des pulsions assez primaires … mais rien que de très banal jusque-là.

Comme quatre roues motrices, ça plombe beaucoup les budgets, les SUV proposent des versions quatre et deux roues motrices : preuve qu’on ne vend que de l’envie dominer les autres, et surtout pas de la puissance ou de la maniabilité.

Sont apparus aussi les crossover – en bon français, véhicule métis, mais évidemment, éviter la sémantique avec le 1er garagiste venu – hybrides entre les SUV – déjà des hybrides – et les berlines classiques …

Le problème, c’est que les SUV polluent comme des fous, comme le montre une récente étude du WWF France : les constructeurs automobiles se révèlent totalement irresponsables et par leur faute, la France ne respectera pas ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre !

Oui mais si les SUV se vendent si bien, c’est qu’il y a un marché pour : ils répondent à des attentes consommateurs, et le marketing ne peut que répondre à ces attentes … c’est le marketing à la Ponce Pilate, la planète peut crever, ce n’est pas de notre faute … en fait, les vrais coupables, ce sont les consommateurs !

Sauf que bon nombre d’acheteurs de SUV se défendent : « Je comprends le débat sur les SUV, mais quand on a 4 enfants, ce sont les seuls véhicules 7 places qui existent », se plaint ce père de famille sur France Info : les monospaces disparaissent peu à peu du marché, les constructeurs misant tout sur les SUV.

Le marketing de la demande a bon dos : le rejet de la faute vers un consommateur qui souhaite des voitures bling-bling sans égard pour la planète est bien trop facile ! Bien sûr, je ne préconiserais évidemment pas de revenir à un vieux marketing de l’offre totalement déconnecté des attentes clients ; mais de conjuguer la réponse aux attentes des consommateurs à un marketing de « l’offre responsable », soit dans le cas de l’automobile, proposer par exemple des véhicules convenant aux familles (plus ou moins) nombreuses mais respectueuses de l’environnement.

Le marketing de la malbouffe

Selon une étude parue en 2019 dans The Lancet, plus les guerres, les accidents de la route ou bien sûr le Covid-19, la malbouffe constitue désormais la première cause de mortalité dans le monde : impressionnant !

La malbouffe frappe massivement les pays occidentaux, sans épargner la France, peu s’en faut : la malbouffe, c’est par exemple … les aliments ultra-transformés qui pullulent dans les grandes surfaces ; on regroupe sous ce vocable tous les aliments comprenant parmi leurs ingrédients, au moins une substance elle-même ultra-transformée, d’où une liste à la Prévert allant des lasagnes aux sodas, en passant par les barres chocolatées, les poêlées de légumes ou les céréales de petit-déjeuner !

Essayez donc de faire vos courses dans votre hyper préféré sans glisser le moindre aliment ultra-transformé dans votre panier ! Or selon une autre étude réalisée par des chercheurs de l’Inserm, de l’Inra, de l’Université Paris 13 et du Cnam, réunis au sein de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle, ou Eren, « une augmentation de 10 % de la consommation d’aliments ultra-transformés conduisait à une augmentation de 12 % du risque de cancer global et de 11 % du risque de cancer du sein » … entre autres !

Où se situe la responsabilité du marketing dans cette galère ? Un peu partout, de la conception des produits à leur promotion.

Dès la conception, par exemple en élaborant des produits trop sucrés … « parce que les consommateurs aiment ça » : le sucre, en activant le circuit de la récompense dans le cerveau humain, produit une addiction certaine – sans entrer bien sûr dans le champ des drogues dures.

D’où la commercialisation par des chaines comme Starbucks de boissons contenant jusqu’à l’équivalent de 25 cuillères de sucre, selon une étude menée par Action on Sugar ; or on connaît les effets désastreux de la surconsommation de sucre sur l’organisme, comme le rappelle Science et Vie.

Côté promotion, c’est tout aussi effrayant ! Que Choisir vient de lancer une pétition pour interdire la publicité à l’attention des enfants des produits alimentaires déséquilibrés : selon une étude menée par l’UFC, « 9 spots alimentaires pour enfants sur 10 portent sur des aliments déséquilibrés (Nutri-Score D ou E), soit une part deux fois plus élevée que pour les adultes ».

Faut-il interdire la publicité à l’attention des enfants ? Certainement pas ! Faut-il interdire la publicité à l’attention des enfants pour certains aliments dangereux à plus ou moins long terme ? Pourquoi pas ?

Un marketing vertueux pourrait consister à éduquer les enfants à décrypter la publicité pour les produits alimentaires, à leur apprendre à mieux se nourrir : ce n’est qu’un piste parmi d’autres ; mais surtout un marketing vertueux œuvrerait dès l’élaboration des produits, refusant toute dérive dangereuse pour la santé.

Pour ne pas se retrouver un jour comme marketer à promouvoir des barres ou des céréales dont on ne voudrait surtout pas pour ses propres enfants !

Le marketing du misérabilisme

La crise des gilets l’a mise en évidence, celle du Covid-19 l’a exacerbée, je parle bien entendu de la fracture sociale et de l’extrême pauvreté d’une partie grandissante de la population française.

Aujourd’hui le niveau de vie moyen des 10% des Française les plus pauvres était de 8 580€ par an en 2018, ce qui signifie qu’un père ou une mère célibataire avec un enfant en bas âge dispose de 929,5€ (8 580*1,3/12) mensuels ; pour les 10% suivants, il passe à 12 770€ annuels, puis à 15 460 pour le décile suivant – tous les chiffres sont ici.

Pas de quoi faire des folies : impossible de se loger à Paris ou dans les grandes métropoles … et lorsque l’on a choisi un logement mal desservi par les transports en commun, le poste « voiture + essence » devient rapidement un gouffre.

Le marketing ne se soucie guère de ces populations. Bien sûr, hypermarchés et hard-discounters leur proposent des produits « abordables », mais pour le vraiment pas cher, mieux vaut ne pas souffrir des reins et être capable de se baisser face aux linéaires.

Bien souvent, les bébés requins (Lidl, Aldi et autres Norma), une fois acquis leur premier fond de clientèle, préfèrent surfer leur image d’enseigne « pas chère » et se repositionnent vers plus de qualité … donc plus cher : d’où l’introduction par exemple de grandes marques françaises chez Lidl, puis la remise à niveau de son parc de magasins.

Alors apparaissent de nouveaux bébés requins (GiFi et autres HEMA) qui vont à nouveau draguer sans vergogne dans les déciles les plus pauvres – et je confirme le terme « sans vergogne », car il ne s’agit pas de proposer une offre adaptée, mais de vendre un peu n’importe quoi pour deux francs six sous, peu importe la qualité, sans trop se soucier de ses clients : il y a aura toujours des pauvres pour pousser la porte.

Le marketing du misérabilisme ne respecte rien : vous entrez par exemple chez GiFi, attiré par deux promotions inscrites au catalogue et découvrez … que les produits correspondant à l’une sont en rupture de stock dès le premier jour – et bien sûr, pas possible de les commander – et que pour l’autre, c’est plus cher : consultez les multiples errata sur la porte du magasin !

Et encore, si la qualité était au rendez-vous ! Mais, là, franchement, ce n’est pas le cas ! Il suffit de lire les avis sur ma reduc ou Trustpilot ; pareil d’ailleurs pour HEMA sur Trustpilot ; et quand on sait combien pullulent les faux avis sur ce site – pour en acheter, c’est par ici – on pèse rapidement le poids des négatifs !

En segmentant à outrance la population pour vendre de plus en plus de produits très chers à une frange très aisée, le marketing pratique une exclusion condamnable des plus pauvres, tout en se tirant une balle dans le pied … mais bon, c’est ce qui s’est toujours enseigné dans les écoles de commerce.

En pratiquant le marketing du misérabilisme – en proposant des produits de non qualité, pour ne pas employer un terme mieux adapté, à des gens qui n’ont pas les moyens de se permettre autre chose – , il rentre dans le champ de l’odieux.

De tous temps, des commerçants se sont spécialisés dans la vente de produits bradés, notamment en rachetant des stocks d’anciennes collections dans le textile – ainsi « Tati, les plus bas prix », comme l’indiquait fièrement son slogan : on fouillait dans les bacs comme dans un souk, mais malgré tout, on en avait pour son argent : « Cheap », certes, mais pas nécessairement « Dirty ».

Pas la logique d’un GiFi pour qui les deux qualitatifs se révèlent complémentaires … d’où son incapacité à justement redresser, qui aboutira à la fermeture du magasin historique du boulevard Barbès à Paris !                                                                             

Mais alors, pourquoi les gens continuent à fréquenter de telles enseignes ? Peut-être parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix, et qu’ils espèrent ne pas se faire arnaquer à chaque fois ; peut-être aussi parce que ces populations trainent une sorte de désespoir sur lequel les praticiens du marketing du misérabilisme surfent odieusement, mais impunément.

Une étrange actualité

Vient de s’achever à la Fondation Cartier une passionnante exposition consacrée à la photographe brésilienne Claudia Andujar – brésilienne, mais d’origine suisse par sa mère protestante, et hongroise par son père, juif, qui mourra en déportation avec les autres membres de sa famille.

D’où ce regard particulièrement ouvert sur la culture des indiens Yanomamis au Brésil, qu’elle n’arrêtera pas de côtoyer, et de défendre, dès le début des années 70 – je m’arrête là, le but de ce papier n’étant pas de remplacer les pages Wikipédia dédiées à Claudia_Andujar et au peuple Yanomami.

Non, le but de ce papier est juste tout d’abord de souligner que les fascistes demeurent toujours très constants dans leur turpitude.

En 1992, après des années de lutte pour se défendre des orpailleurs qui non seulement pillent leurs terres mais assassinent les indiens qui s’opposent à eux, les Yanomami obtiennent enfin une première reconnaissance nationale et internationale, comme le souligne le guide de l’exposition :

« Le président du Brésil homologue finalement le territoire Yanomami en un seul territoire contigu. Les 9 419 108 hectares sont déclarés comme appartenant définitivement aux Yanomami. Davi Kopenawa [leur chef] s’exprime à l’ONU en ouverture de l’Année internationale des peuples autochtones du monde ».

Aussitôt, un député fédéral dénommé … Jair Bolsonaro dépose un projet de loi pour suspendre l’homologation de la démarcation de leur territoire et permettre à nouveau l’exploitation de leurs terres et le retour des orpailleurs – orpailleurs aujourd’hui encouragés par le discours d’un président Jair Bolsonaro qui souhaite en finir définitivement avec la sanctuarisation des territoires indigènes

Ça, c’est la première « actualité » ; la seconde, c’est cette citation : « Au premier temps, les Blancs étaient très loin de nous. Ils n’avaient pas encore amené la rougeole, le mal de la toux et la malaria dans nos forêts », dixit un représentant du peuple Yanomami.

En cette période de pandémie du Covid-19, de nombreux scientifiques soulignent que les nouveaux virus et autres coronavirus, non seulement voyagent très rapidement en avion, mais que « La destruction des écosystèmes par l’humain favorise l’émergence d’épidémies », comme titrait par exemple Courrier international.

Ainsi avec la déforestation massive, « les animaux sauvages peuvent alors entrer en contact avec des animaux élevés par l’homme pour son alimentation et leur transmettre le virus, qui ira ensuite sur  l’homme », rappelle franceinfo.

Ici encore la quête du profit absolu, non seulement détruit l’environnement mais menace la survie même de l’espèce humaine ; j’aurais pu titrer ce papier : « Nous sommes tous des Yanomami ».

Des gentils Bisounours aux vilains Trolls #2

2ème partie de ma contribution à l’ouvrage collectif WEB 2.0 15 ans déjà et après ? ; pour lire celles de mes copains, le livre s’achète ici … et pour relire la 1ère partie, c’est ici.

Aujourd’hui des vidéos comme « Les marques nous mentent-elles ? » cartonnent à plus de 2 millions de vues sur Youtube ; et tout y passe, du greenwashing aux poulets bio en batterie, en passant par l’huile de palme et les arnaques des assureurs …

Fini le temps des Bisounours ! Désormais, les marques n’inspirent plus confiance, c’est même un euphémisme : selon l’Observatoire Cetelem, 3 Français sur 5 ne leur font plus confiance, toutes catégories confondues.

La faute sans doute à tous les nouveaux services de consommation collaborative où les consommateurs se fient plus aux avis de parfaits inconnus – mais qui leur ressemblent, de vrais pairs … on en revient au P2P ! – qu’à tous les discours des marques.

La faute sans doute aussi à la distribution qui multiplie les opérations spéciales, Black Fridays et autres French Days, à un tel point qu’on ne sait plus quel est le vrai prix des produits et services que l’on achète.

La faute enfin … aux marques elles-mêmes qui s’engluent parfois dans des scandales sans fin, comme Lactalis avec ses salmonelles, Volkswagen et son « Diesel-gate », Findus et ses lasagnes à la viande de cheval.

Dès lors, à quoi servent aujourd’hui des marques qui ont perdu leur fonctions de repère et de garantie ?

A rien ?

Pour certains consommateurs, elles sont juste devenues des … punching balls ! Des objets avec lesquels ils vont jouer sur les médias sociaux.

Ils, ce sont les « vilains » trolls ! Mais qui sont-ils en réalité ? Des jeunes, bien sûr, biberonnés aux jeux en ligne, mais pas seulement : en fait, beaucoup de consommateurs déçus, qui ont juste envie de s’amuser sur les médias sociaux aux dépens de marques que bien souvent ils adulaient auparavant.

Et qui vont, par exemple, apostropher la @SNCF sur Twitter : « Je suis à bord de votre train qui part de Gare de Lyon et je fraude ». Ou plus violemment invectiver leur FAI en carafe : du jouer au moquer en passant par le vindicatif ou le donneur de leçons, on découvrira tous les profils de trolls sur les médias sociaux.

« Le trolling s’est immiscé partout », expliquait récemment un de ces trolls sur un journal en ligne ; « Maintenant les community manager sont rôdés et savent que pour gagner la guerre contre les trolls, il ne faut pas répondre ou être dans le même ton ».

Certaines s’exposent très maladroitement : en 2015, Nutella propose sur Facebook de se confectionner une étiquette personnalisée … mais bien entendu en blacklistant un certain nombre d’expressions comme obèse, cellulite, gras, kilo ou huile de palme : manque de chance, la liste, accessible aux petits futés, fuite sur la toile …

D’autres apprennent plus vite, comme la SNCF dont le community manager réagit avec plus de subtilité : « Vous nous donnez votre numéro de CB ou vous préférez attendre le contrôleur », répond-il du tac au tac à notre fraudeur …

Mais franchement, la marque n’a-t-elle mieux à faire que de payer ses employés à répliquer dans le ton qui va bien aux trolls qui la taquinent – ou l’agressent, c’est selon – sur les médias sociaux ?

La marque de demain doit réinventer sa relation à ses clients … et sa mission : sans cela, elle ne restera qu’un simple punching ball – peut-être très doué, mais un punching ball quand même – pour amuser la galerie !

Le marketing par les nuls #4 : Qonto

Il n’y a pas de raison pour que les startups ne soient pas à l’honneur dans cette rubrique !

Il y a quelques jours, je reçois un communiqué de presse pour « Qonto, la néobanque des entreprises et des indépendants dont l’offre répond aux besoins des professionnels de l’événementiel, de la communication et du marketing notamment » : alléchant, non ?

Je clique sur le lien et débarque sur la page d’accueil de ladite néobanque … qui me déclare tout de go : « Afin d’optimiser votre expérience, ce site utilise des cookies, que vous acceptez en poursuivant votre navigation » ; avec un petit lien pour « en savoir plus ».

Et là, vous avez droit à toute la « Politique d’Utilisation des Cookie » de la startup qui vous explique que « lorsque vous vous connectez à notre plateforme, nous pouvons être amenés, sous réserve de vos choix, à installer divers cookies dans votre terminal ».

Suit la liste, qui va de Google Analytics à MailChimp en passant bien évidemment par Facebook Ads et autres Linkedin Insight Tag, etc. : de quoi se faire, pour la startup, un maximum de fric en valorisant les connexions de ses clients et visiteurs.

« Sous réserve de vos choix », disent-ils : « Vous pouvez configurer votre logiciel de navigation de manière à ce que des cookies soient enregistrés dans votre terminal ou, au contraire, qu’ils soient rejetés » ; mais attention, on vous aura prévenus : « Si vous refusez l’enregistrement de cookies dans votre terminal, ou si vous supprimez ceux qui y sont enregistrés, vous ne pourrez plus bénéficier d’un certain nombre de fonctionnalités qui sont néanmoins nécessaires pour naviguer dans certains espaces de notre plateforme. Tel serait le cas si vous tentiez d’accéder à nos contenus ou services qui nécessitent de vous identifier ».

Pourtant que dit la Cnil ? « Avant de déposer ou lire un cookie, les éditeurs de sites ou d’applications doivent :

  • Informer les internautes de la finalité des cookies,
  • Obtenir leur consentement,
  • Fournir aux internautes un moyen de les refuser ».

Renvoyer les internautes à leur navigateur après la lecture de fastidieuses pages de conditions juridiques correspond-il bien à l’esprit de ce qu’écrit le Cnil ? Pas sûr …

Bref, au lieu d’offrir un choix simple et clair aux internautes, Qonto fait tout pour son possible pour les dissuader de refuser ses cookies : et c’est le jackpot !

Car vous vous trouvez – enfin, si vous devenez client de « la néobanque des entreprises et des indépendants » – face à un fournisseur qui connaît tout de vous : non seulement vos données de navigation mais aussi … vos finances !

Je réponds donc à l’expéditeur du communiqué de presse : « Etre une néobanque n’empêche pas de respecter une certaine éthique et ses clients. Votre gestion des cookies n’est guère respectueuse, et même en limite de conformité par rapport au RGPD : en fait, elle fonctionne comme une pompe à données, qui croisées avec les données financières que vous aurez par ailleurs, risque de se révéler particulièrement intrusive pour ne pas dire malhonnête ».

Retour offusqué de l’agence de communication : « Il n’y a aucune malhonnêteté de mon côté » … sans doute … quoique …

Soit l’agence de RP s’est livré à la même analyse que moi sur la gestion des cookies mise en place par son client … et dans ce cas elle devient son complice ; soit elle ne l’a pas fait, et elle me semble bien naïve !

Quoi qu’il en soit, les startups, avec leur besoin absolu de grandir vite, très vite, ne me semblent pas plus, sinon moins, vertueuses que les entreprises traditionnelles : dans le « monde de l’après » qui devrait se construire aujourd’hui, on pourrait espérer mieux !

Quant à savoir si Qonto se révèle à l’usage une aussi bonne banque que ça, petit tour sur le Web : bien sûr, il convient de négliger les sites sensés délivrer des avis objectifs – et qui ne recopient que les communiqués de presse ! – et rendez-vous sur les forums d’entrepreneurs et autres freelances : et là, ça se corse, surtout si descends dans le fil des discussions du côté des clients les plus anciens : forum.pragmaticentrepreneurs.com.

Un petit coup d’œil sur les tarifs proposés et là encore, j’ai quelques doutes : ma banque personnelle – une « on ne peut plus traditionnelle » – offre plus de services pour moins cher !

Ethique-washing

Vous avez aimé le Greenwashing ? Vous allez adorer l’éthique-washing.

Greenwashing : « procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation dans le but de se donner une image de responsabilité écologique trompeuse », rappelle Wikipédia.

Sur ce modèle, on peut aisément construire : Ethique-washing : « procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation dans le but de se donner une image éthique trompeuse ».

Découvrez par exemple la superbe Charte éthique du groupe Auchan, qui dès les premières lignes donne le ton : « Auchan s’est développé depuis sa création en 1961 en s’appuyant sur un socle de convictions et de valeurs fortes et un engagement solide en matière d’éthique » : convictions, valeurs, voilà des termes forts !

La suite est du même acabit – et même bien entourée du beau filet rouge pour en souligner l’importance : « Nos valeurs nous inspirent au quotidien. Nous croyons que chacun aspire au mieux-vivre : toutes nos équipes ont pour ambition d’exercer leur métier de façon responsable et innovante afin d’améliorer la qualité de vie du plus grand nombre de femmes et d’hommes ».

Toutes les entreprises du groupe sont concernées : « partagée par les équipes de tous les pays, les Visions d’Auchan Retail, Oney et Immochan posent très clairement l’identité, la raison d’être, les engagements et l’ambition de chaque entreprise du Groupe ».

Auchan Retail, je connais ; mais Oney ? Je googlise donc et tombe sur cet article de France 3 Hauts de France : « Le groupe Auchan au cœur de l’optimisation fiscale maltaise ».

Ça ne sonne pas très éthique, comme le détaille une enquête de Mediapart relayée par Médiacités, qui détaille : « En juin 2011, deux sociétés ont été créées sur l’île de Malte : une pour l’assurance vie et l’autre pour l’assurance classique, comme l’expliquait Mediapart. Créée en mars 2011, une troisième société, nommée Oney Holding Limited, encaisse les dividendes des deux premières. Le taux officiel de l’impôt à Malte est de 35 %, davantage que les 33,3 % prélevés en France. Mais lorsqu’une société détenue par des étrangers distribue des dividendes à ses actionnaires, le fisc lui rembourse jusqu’à 85 % de l’impôt. Au total, entre 2014 et 2016, Auchan a ainsi économisé 21 millions d’euros d’impôts, selon les calculs de Mediapart ».

Auchan comme Decathlon, Auchan, Boulanger, Orsay, Adeo, Saint-Maclou et quelques autres, appartiennent à l’Association familiale Mulliez, elle-même en délicatesse avec le fisc français, comme le rappelle Capital : mais peut-être l’éthique des filiales ne concerne pas le sommet de la pyramide.

Pourtant, c’est un autre article récemment découvert dans Libération qui a le plus suscité ùon indignation et m’a conduit à rédiger ce billet, article intitulé : « Les liaisons dangereuses du français Voltalia avec la Birmanie ».

Voltalia, je ne connaissais pas plus qu’Oney, donc je consulte Wikipédia :« Voltalia est une entreprise française du groupe Mulliez qui construit et exploite des centrales électriques à partir d’énergie renouvelable, en France et dans les pays émergents ».

« Energie renouvelable » : ça sonne plutôt bien ;« pays émergents » : on peut espérer le meilleur … ou craindre le pire !

Ce nous présente le quotidien confirme aussitôt mes craintes : « Voltalia fournit de l’électricité renouvelable depuis février 2018 à MyTel » … et ce MyTel, c’est en fait Myanmar Economic Corporation, « l’un des deux puissants conglomérats du pays aux mains de l’armée birmane ».

Il faut savoir que l’armée birmane, pour ne pas avoir à rendre de compte à un parlement pourtant totalement à la botte, finance ses exactions contre les Rohingyas via ces deux conglomérats … ce qui signifie que le groupe Mulliez, via Voltalia, porte sa part de responsabilité dans l’extermination de la minorité des Rohingyas.

Suite à un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU soulignant que « toute activité commerciale étrangère impliquant le Tatmadaw [= forces armées birmanes] et ses conglomérats présentait un risque élevé de contribuer ou d’être liée à des violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire », des entreprises comme Western Union ou Newtec, fournisseur en services technologiques de MyTel, ont cessé toutes activités en Birmanie.

Pas Voltalia, malgré les demandes pressantes d’ONG comme Sherpa, RSF et Info Birmanie.

A l’heure où le concept « d’entreprise à mission » a le vent en poupe – pour ne pas dire est « tendance », – il me semble particulièrement dommageable que des sociétés ne tiennent pas leurs promesses, comme le Groupe Mulliez.

Personnellement, j’aurais bien du mal à travailler dans une entreprise sans éthique … même si cela réduit considérablement le champ des possibles ; je pense en outre qu’il convient de militer pour convaincre les mauvais élèves de s’améliorer … mais il y aura toujours des brebis galeuses, hélas !

Par contre, que d’aucuns se permettent d’afficher des chartes éthiques pour ne pas respecter les principes fondamentaux de l’Ethique – avec une majuscule – cela ne peut que se révéler triplement catastrophique.

Pour leur image de marque, parce qu’un jour tout se sait … mais ça, on s’en fout un peu.

Pour la société humaine : même si une société n’écrit pas ouvertement qu’elle ne participera jamais à un génocide, ou s’en rendra complice – c’est tellement évident –, ce n’est pas une raison de le faire … et de continuer à le faire en toute connaissance de cause.

Et pour le marketing : car ce sont toujours les marketers que l’on accusera de mentir – tous coupables bien évidemment –, même ceux qui pratiquent un marketing vertueux et responsable.

La profession ne faudrait peut-être pas attendre qu’une ONG lance les Prix Pinocchio de l’éthique-washing – comme existent ceux du green-washing : c’est à elle de balayer devant sa porte avant que d’autres s’en chargent.

L’Académie malade du Covid-19

J’ai toujours eu de l’Académie Française une image de vieux messieurs ronchons … et j’avais tort : ma vision est sexiste, l’institution fondée par Richelieu comprend aussi des dames … certainement tout aussi ronchons (ronchonnes ?) !

Maintenant grâce à Valéry Giscard D’Estaing, on sait que ces vieux messieurs aiment bien passer la main aux fesses des dames … surtout quand ce sont de jeunes journalistes allemandes : on consacre le rapprochement franco-allemand comme on peut !

Ces plaisanteries mises à part – quoique dans le dernier cas, il semble bien que ce n’en soit pas une –, l’Académie Française se targue de constituer l’ultime rempart de la langue française – pardon la Langue Française – contre le – ou plutôt les – barbarismes : ce sont ces braves gens qui établissent comment nous devons parler … si nous souhaitons correctement deviser entre honnêtes gens et non bafouiller le galimatias des banlieues – car c’est bien connu, les jeunes des banlieues sont incapables de jacter compréhensible.

Quoiqu’il en soit, en entendant dans le métro une voix anonyme annoncer que la RATP prenait soin de ses passagers dans sa lutte « contre le Covid-19 », je me suis dit : « Diantre, voilà que la RATP commet des fautes de français ! Mais où va notre beau pays ».

Car on ne doit pas dire « le Covid-19 » mais  « la Covid-19 » : ainsi en a décidé l’Académie Française le 7 mai 2020 : « Covid est l’acronyme de corona virus disease, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation », précise-t-elle même ici.

Donc poursuit l’honorable société : « on devrait donc dire la covid 19, puisque le noyau est un équivalent du nom français féminin maladie » ; mais elle souligne en passant que l’on « aurait pu préférer au nom anglais disease le nom latin morbus », histoire de faire un peu plus pédant.

Petite remarque en passant : si « disease » se traduit bien en français par « maladie », « Covid-19 » n’est pas l’acronyme d’une expression française incluant le mot « maladie », mais d’une expression anglaise et le terme « disease » n’est pas féminin, mais … neutre !

Manque de bol, le neutre est rarissime en français – même si pas totalement absent – et de toutes façons, il ne s’applique pas aux noms ; cela étant, le neutre existait en latin – ce latin si cher aux doctes académiciens – et ce neutre a souvent abouti en français moderne à … des masculins : « templum » a donné « temple ».

Mais surtout, une langue n’existe qu’au travers de ses dires : ce n’est pas une construction abstraite, codifiée et figée, comme les langages informatiques ! Une langue vit, se développe, et la langue française existe en totale indépendance de l’Académie : cette dernière ne peut que constituer – ou ne devrait que constituer – le réservoir d’une multitude d’expériences cumulées.

L’Académie ne devrait être que l’héritière de nos usages – et non le Père Fouettard prêt à sanctionner les dérives ; car ce sont ces dérives qui font une langue, qui caractérisent l’objet de leurs travaux : plutôt que de les condamner, ils devraient les applaudir.

Et se poser la nécessaire question de la masculinité du Covid-19 : pourquoi spontanément les Français ont-ils utilisé ce genre, quelles valeurs y attachent-ils, etc. La non féminité de la pandémie, voilà un sujet d’analyse intéressant dont, on s’en doute, les ronchon.ne.s ne se saisiront pas.

Quelques nouvelles du front avec Hervé Kabla

Vient de paraître aux éditions Kawa Le confinement expliqué à mon boss ; rencontre avec son initiateur Hervé Kabla.

MarketingIsDead : Pourquoi un tel livre alors qu’on parle déjà de déconfinement ?

Hervé Kabla : Déconfinement, vraiment ? je ne suis pas si optimiste. Quand le gouvernement parle du 11 mai, quand on rentre dans les détails, on se rend compte qu’il y aura peu d’entreprises qui pourront effectivement sortir du confinement. Le livre restera d’actualité, parce que je pense que de nombreuses entreprises auront encore à réfléchir à l’impact du confinement.

Ce livre est né d’une série de questions, que je me suis posées dès la première semaine de confinement, comme de nombreux autres chefs d’entreprise et de patrons d’agence. Comment allons-nous fonctionner ? Quel va être l’impact sur les équipes ? Et sur les clients ? Pourrons-nous poursuivre notre activité commerciale ? Comment organiser un télétravail à grande échelle, alors que les enfants seront aussi à la maison avec leurs parents.

Un des patrons de mes agences partenaires, Benoit Raoult, dirige une agence à Shanghai. Autrement dit, en terme d’activité pendant le confinement, il disposait de 2 mois d’avances sur nous. En l’écoutant nous conseiller, je me suis dit qu’il y avait matière à écrire un livre pour aider les chefs d’entreprise pendant cette période particulière. J’ai contacté les éditions Kawa pour leur proposer le projet. Ils ont immédiatement suivi. J’ai embarqué 7 autres auteurs de la collection des livres expliqués à mon boss et c’était parti ! Le livre a été écrit en 10 jours, entre le 22 et le 31 mars, et est sorti officiellement le 6 avril.

Un dernier point : il était hors de question de gagner le moindre centime sur ce projet. Les revenus du livre seront intégralement reversés à la Fondation de France, dans le fond destiné au support des personnels de santé.

MarketingIsDead : Qui sont les auteurs ?

Hervé Kabla : Nous sommes huit auteurs, certains avaient déjà écrit dans la collection « à mon boss », comme Sylvie Lachkar, auteur du Social selling, Pierre Blanc, auteur de l’IA, ou Tiphaine Mayolle, auteur de La parentalité. Bien sûr, mon acolyte et alter ego Yann Gourvennec s’est totalement impliqué. Trois nouveaux auteurs nous ont rejoint : Emmanuelle Hervé, experte en communication de crise, Bertrand Duperrin, expert des RH et du digital et auteur de l’excellent blog Duperrin ) et Xavier de Mazenod, expert du télétravail.

Par ailleurs, nous avons interviewé des chefs d’entreprise avec des avis variés sur la posture à adopter face au confinement : Serge Delwasse (Cetrac), Manuel Diaz (eMakina), Clarisse Berrebi (cabinet Bolt), Philippe Grimminger (Flexsi) ou Christian Béghyn (Exos).

MarketingIsDead : Pourquoi ce livre intéresse-t-il les marketers ?

Hervé Kabla : Dans la phase difficile que nous traversons, il est important de jouer sur deux axes sur lesquels le marketing est fondamental : communiquer vis à vis des clients, préparer le futur.

Les clients, nos clients, sont dans le même pétrin que nous. Ils se demandent si leurs fournisseurs tiendront la route, si eux-mêmes auront la capacité à rebondir, ils attendent que nous leur parlions, sans leur mentir. Ces échanges seront fondamentaux. Les marques qui ne sauront pas communiquer pendant cette crise et qui continuerons de faire comme si de rien n’était, sans empathie, se trompent de combat. C’est, nous l’expliquons très tôt, l’une des priorités de l’entreprise confinée.

Préparer le futur a toujours été une des préoccupations des marketers. Anticiper les changements, identifier les besoins actuels et à venir, cela fait aussi partie de leur périmètre. C’est l’autre priorité à laquelle doivent s’atteler les marketeurs. Certaines entreprises vont devoir pivoter très rapidement. C’est faisable, il ne faut pas en avoir peur. D’autres doivent penser à imaginer de nouvelles offres, de nouveaux produits, sous peine de disparaître. Le digital devient, on le constate chaque jour, à coups de visioconférences et d’achats en ligne, non seulement essentiel, mais fondamental.

Bref, le confinement expliqué à mon boss est un livre qui vous concerne tous. Et en vous le procurant, vous ferez une bonne action.