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Au petit bonheur des blogs

wernicke2.jpgQuand j’entends des marketers ou des consultants prétendre que la blogosphère ne constitue qu’un épiphénomène en voie de marginalisation, ou pire, un feu de paille à la mode, mais aujourd’hui dépassé par les réseaux sociaux ou Twitter, je me dis qu’ils ne cherchent qu’à se rassurer face à un phénomène qu’ils ne maitrisent pas, ne comprennent pas – ou pire, qu’ils ne maitrisent plus, jouant la fuite en avant.

Jamais les blogueurs français n’ont tant été courtisés par les régies publicitaires … et parfois les plus farfelues : j’ai déjà évoqué ici, le cas d’Infolinks, j’aimerais parler de blogmarche.com, tout aussi ridicule – peut-être plus.

Je sais que les blogueurs ne constituent en rien une catégorie d’internautes très homogène, il y a ses stars, ses soutiers et ses amateurs, etc. Mais ce que tous ces farfelus ont en commun, c’est le culte de l’humain – notamment dans leurs relations à autrui – et ce qu’ils détestent le plus, du moins tous ceux que j’ai rencontrés, c’est d’être pris, sinon comme des zozos, du moinscomme des numéros.

Ce qui n’empêche pas d’aucuns, comme Agnès de blogmarche.com, d’envoyer des mails automatiques dont la pseudo personnalisation se révèle d’une tristesse à faire mourir « les soirs d’orage, des Chinois cultivés« , comme disais le grand Jacques (Brel, dans Les Flamingants, chanson comique).

Bon, excusons-là, Agnès n’est certainement qu’un robot !

Admirez le style : « Je m’appelle Agnès, et je suis un membre dans l’équipe d’assistance de blogmarche.com. Nous avons récemment lancé un service de publicité via des posts sur des blogs visant à ajouter des sites de qualité tels que le votre à nos offres ».

Et que penser de leur « fierté de notre transparence et de notre mentalité visant à la construction de communautés » : cela me fait penser à un aphasique de Wernicke, de ces malades qui construisent des phrases grammaticalement correctes mais dépourvues de sens, parce qu’alignant des termes inadéquats les uns au bout des autres !

Les « Termes & Conditions » de leurs contrats sont tellement bien rédigées, que comme dans toute bonne traduction automatique à la Google (mais Google ne prétend pas à la qualité absolue), le texte anglais apparait sous le curseur de la souris ! Mais c’est suffisamment clair pour savoir qu’en cas de conflit, vous devrez aller ester auprès du tribunal de Phoenix, en Arizona.

Bref, la blogosphère française aiguise bien des appétits et les régies s’équipent pour collecter la long tail à la louche !

Mais ce que j’adore par dessus tout, c’est recevoir deux fois de suite le même mail personnalisé affirmant que je suis le plus beau, le plus doué, le plus … sur les deux blogs dont je suis administrateur, MarketingIsDead et Intelligence collective : ça me flatte deux fois !

PS : Le monsieur sur la photo, si vous ne l’avez pas reconnu, ce n’est pas Agnès, c’est Carl Wernicke.

Réseaux : le mors aux dents

DSC00214.JPGPerdre tous ses amis, quel angoisse !

Impossible dans la « vraie » vie, sauf à voir accompli un acte d’une telle indignité que tous vous rejettent : perdre tous ses amis, c’est se voir mis au ban de la société.

On peut vouloir couper les ponts avec son passé, ses relations et disparaître sans laisser de traces : mais il s’agit alors d’un acte volontaire, et non subi.

Le problème avec les réseaux sociaux actuels qui se développent sur la toile, c’est que l’on est à la merci de n’importe quel bug ou n’importe quelle oukase – sans appel !

Imaginez : vous bâtissez votre page, tissez patiemment votre petite chaîne relationnelle, commencez à communiquer de plus en plus étroitement avec quelques dizaines ou centaines d’amis, dont certains, très proches, développent un dialogue construit … bref, vous voici au cœur d’un dispositif qui vous occupe de longues heures, et donne un nouveau sens à votre existence.

Et patatras : viré !

Sans raison, sans comprendre pourquoi : c’est arrivé à mon copain PhilippeHyppo Blog, le grand amateur de cheval dans la liste des Blogs sympa – qui très récemment s’est vu éjecter de facebook sans encore avoir compris pourquoi, comme il le raconte ici. Il n’a pas lancé de fatwa, pas invité à assassiner les païens ou les voisins d’en face, pas montré sa z… comme dans toutes les cours de récréation – même pas !
Depuis, il donne rendez-vous à ses amis sur Twitter.

Philippe, en plus d’aimer les chevaux, il est un peu geek sur les bords : mais imaginez un gars plus doué pour se faire des amis que de manier le mulot, le voilà planté au bord de la route sans trop savoir ce qui lui arrive et où retrouver tous ses copains.

Cela pose la question des droits et des devoirs des réseaux sociaux : des membres, mais aussi des organisateurs, les patrons des facebook, LinkedIn et autres YouTube.

Déjà, depuis longtemps, ils ont compris que leurs réseaux ne leur appartient plus vraiment : facebook a ainsi plié devant la bronca de ses membres quand ses dirigeants ont souhaité modifier ses conditions d’utilisation, et s’arroger la propriété de tous les contenus publiés sur le site, comme le rappelle Rue89 :

« Multiplication des groupes Facebook hostiles, réaction des blogueurs et des médias. Nombreux sont les commentaires qui s’inquiétaient que Facebook puisse stocker toutes les données de ses utilisateurs, même après une fermeture du compte ».

Mais leur reste le droit de fermer le tuyau … et cela peut se faire très discrètement, sauf à tomber sur un blogueur particulièrement influent qui alerte la planète 2.0 toute entière.

Question : un réseau a-t-il moralement le droit de « débrancher » ainsi quelqu’un – quelqu’un qui ne fasse rien d’illégal, juridiquement parlant, bien entendu ?

Car finalement, il s’agit bien d’une espèce de meurtre virtuel, à défaut de rituel : l’internaute perd soudain ses amis, son passé, son existence ; bien sûr, il peut toujours refaire le chemin,mais ailleurs.

Au delà de la simple anecdote, l’éviction manu militari d’un réseau social en ligne peut se révéler très déstabilisante pour une personnalité fragile … une de ces personnalités un peu timides qui s’investissent massivement dans ce type de nouvelles relations.

Aujourd’hui, les marketers qui se lancent dans la construction de sites 2.0 relationnels – certains avec succès, comme Generali avec Génération responsable, ou Yves Rocher avec  les végetaliseurs – doivent saisir qu’ils ne se lancent pas dans un projet temporaire, mais que l’aventure doit devenir pérenne.

Non pas sous peine de décevoir ses clients.

Mais sous peine de déstabiliser certains citoyens … et de décevoir tous les autres.

C’est ça, aussi, le marketing responsable.