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Domotique : Big Brother Google is watching you

Pour régler à distance la pompe à chaleur de ma maison, je me suis récemment équipé d’un système domotique Google Nest Learning Thermostat, 3ème Génération … Ouf, ça c’est de la marque !

Système facile à installer : dans mon cas, un câble (non fourni) vers le réseau 220 volts, et un second (non fourni) à connecter au « contact sec » de la régulation de la pompe ; et un chargeur, avec câble mini-USB (non fournis) pour alimenter le thermostat distant.

Histoire de vous faire peur ( ?), Google vous avertit : « Courant haute tension. Nous vous recommandons de faire appel à un professionnel pour l’installation de votre thermostat Nest »  … pour le cas où ne vous sentiriez pas capables de relier un appareil à une prise ou au tableau électrique de votre foyer : un peu l’impression d’être pris pour un con !

Ensuite, tout communique, le thermostat avec le relai chaudière d’un côté, avec la box Internet de l’autre, puis l’interface Web et l’appli Smartphone, via votre compte Google … tiens, je vais encore lui fournir des données : simple, très simple !

Ensuite, vous tourner le cadran du thermostat pour choisir la température désirée … et c’est tout : Google se charge du reste … hélas !

Je me positionne sur 22,5° – je suis un peu frileux – et découvre le lendemain un thermostat réglé sur … 23° : zut, j’ai fait une fausse manœuvre ?

Que nenni ! Le Google Nest Learning Thermostat, 3ème Génération est programmé en standard sur le système d’auto-programmation Nest Sense qui « utilise une combinaison de capteurs et d’algorithmes pour recueillir des informations sur vos habitudes et sur les caractéristiques de votre maison ».

Bref, sans vous avoir spécialement demandé votre avis, Google vous flique allègrement, et modifie le fonctionnement de votre chaudière parce qu’il sait mieux que vous ce dont vous avez besoin ; vous pouvez toujours aller trifouiller dans les paramètres pour corriger le tir … mais Google table sur le fait que la plupart des utilisateurs lambda négligeront de le faire.

Comme lesdits besoins peuvent être plus larges, Google vous propose toute une suite de produits de domotique, des enceintes et écrans, aux caméras et serrure, en passant par les détecteurs de fumée, etc. : autant d’objets connectés ou connectables qui, grâce à leur « combinaison de capteurs et d’algorithmes » sauront mieux que vous ce qu’il vous faut ; tout autant de données qui vont partir on ne sait trop où, pour votre plus grand bonheur (j’en doute) et pour le plus grand bénéfice du géant américain (ça j’en suis sûr).

Big Brother n’est pas en marche : il est déjà là avec Google !

À l’ouest, et partout ailleurs, toujours rien de nouveau #7

7ème et dernier épisode de ma contribution à L’Horrificque Disputatio, ouvrage collectif des Mardis du Luxembourg.


3 semaines plus tard

Trois semaines plus tard, Niels quittait enfin Paris pour Montcuq.

Sa dernière soirée parisienne, il l’avait passée avec dans un petit cinéma de la Rive Gauche spécialisé dans la science-fiction de la fin du 20ème siècle, pour voir un vieux film de Terry Gilliam, Brazil.

L’histoire d’un bureaucrate bien terne qui, suite à une erreur administrative, se retrouve accusé d’espionnage pour avoir sauvé la vie de la femme qu’il aime … dans ses rêves ! Dans cette dictature rétro-futuriste, les chimères se transforment bien vite en cauchemars … 

Arrêté, torturé, mais ne pouvant rien avouer – normal, il ne sait rien, il est juste victime des circonstances –, il s’évadera in extremis de cet enfer grâce à l’intervention d’un résistant – d’un terroriste pour les autorités – et retrouvera l’amour de sa vie : happy end !

Happy end … pas vraiment : en réalité, il ne s’évadera que … dans la folie !

La scène finale lui revenait sans cesse en tête : après son évasion de la chambre d’extermination de la prison, Sam Lowry, le héros, arrive enfin dans une vallée ensoleillée – le repère des rebelles ; bizarrement, le visage de ses bourreaux se superpose au paysage … et l’on retrouve un Sam béat, attaché sur son siège de torture, le regard à jamais fixe …

Le public – surtout les jeunes – raffolait de ces dystopies qui les plongeaient dans un univers bureaucratique et étouffant pas si éloigné de leur quotidien : la France, l’Europe, le monde entier se transformait en une vaste dictature larvée ; une manière sans doute de conjurer leurs angoisses, en se disant qu’il y a toujours pire. Nettement pire !

Une autre façon de fuir un quotidien trop pesant.

Heureusement, si les gouvernants se montraient toujours aussi peu capables à résoudre les problèmes sanitaires, les entreprises avaient su d’adapter, adoptant souvent des comportements presque … vertueux : « presque », parce qu’en réalité, elles y trouvaient très concrètement leur intérêt.

Généralisation du télétravail, par exemple : d’une part, cela évitait de voir leurs locaux devenir des clusters infectieux ; et puis des employés aussi isolés se montraient moins sensibles aux sirènes syndicales ; enfin cerise sur la gâteau, le système leur permettait de réaliser de très substantielles économies de locaux.

Relocalisation de la production – pas nécessairement sur le territoire national, mais dans un rayon écologiquement « acceptable » de 1000 à 2000 kilomètres, ce qui incluait toute l’Europe, mais aussi l’Afrique du Nord : les consommateurs acceptaient désormais de payer un peu plus cher les produits bénéficiant d’un petit label vert « transport responsable » … et on évitait la concurrence asiatique ou indienne !

D’importants secteurs se restructuraient très rapidement : ainsi la stricte application, puis l’élargissement, d’anciennes directives européennes relatives à la protection des données, avaient sapé sur le vieux continent l’hégémonie des Google et autres Amazon ; et si le transport aérien apparaissait définitivement sinistré, le ferroviaire bénéficiait du renouveau du ferroutage.

Comme toujours, de tels bouleversements apportaient leurs lots de gagnants et de perdants, tant au niveau des entreprises qu’à celui de leurs salariés : car tous ne bénéficiaient pas du même « confort » de travail : si les cadres comme Niels tiraient un réel profit du travail à distance, les ouvriers, eux, redécouvraient les affres des trois-huit généralisés qui permettaient de conserver une nécessaire distanciation sociale en usine … pas très gai !

Pour un employé autonome comme Niels par contre, l’avenir s’annonçait presque « bipolaire » – enfin métaphoriquement parlant : on aurait pu aussi le qualifier de totalement incertain, imprévisible, chaotique … quantique ? L’avers et le revers d’un même monde.

Côté pile, une sorte de dictature à peine larvée, et son lot d’oukases : interdictions de se retrouver à plus de 5 – ou 10, ou 12, ou 3 selon les jours et les lieux – dans l’espace public, couvre-feu plus ou moins tardif, transports en commun strictement régulés selon les plages horaires, permis de circuler, etc. Et son lot de sanctions : amende, annulation des permis de circuler, travaux d’intérêt général plus ou moins exposés et dangereux, etc.

Côté face, un espace privé acceptable, sinon agréable … dans les limites d’un certain confinement, bien entendu !

Donc à Paris et dans les grandes métropoles, où les virus circulaient – ou étaient censés pouvoir aisément circuler – la claustrophobie pouvait rapidement gagner ; mais pas à la campagne, où la vie semblait presque « normale », les pandémies n’existant guère qu’à la télévision et au travers des médias sociaux.

Des hordes de cadres avaient fui les zones trop urbanisées, et il devenait difficile de trouver une maison à louer ou à acheter même dans les hameaux les plus reculés de la Lozère ou de la Creuse – inversement le marché de l’immobilier parisien s’était effondré ; et tout ce petit monde télétravaillait dans son jardin.

Tout n’était pas nécessairement si rose, et même dans ces régions l’avenir demeurait incertain : on avait vu des villages soudain totalement confinés, des expulsions administratives plus ou moins motivées – sans oublier l’hostilité croissante des ruraux.

Mais globalement, l’avenir ne s’annonçait pas si désagréable pour Niels : Albertine l’attendait à Montcuq, et aucune ombre ne semblait planer au-dessus de leurs têtes.

Carpe diem … et après moi, le déluge !

600 kilomètres – la quasi-totalité, 550 kilomètres, par autoroute – et 6 bonnes heures de conduite : en partant très tôt le matin, il pouvait espérer arriver vers midi pour déjeuner dans les Causses – il pourrait sortir du côté de Rocamadour, se balader un peu en montagne, trouver un petit restaurant traditionnel …

Après, il improviserait : il délaisserait certainement l’autoroute pour rejoindre Albertine à Montcuq, s’imaginant parcourir les derniers kilomètres depuis Cahors face à l’Ouest et au soleil … un peu comme un pauvre cowboy solitaire, loin de son domicile !

Un peu comme Sam Lowry, aussi : en fait, il ne savait plus trop vers quoi – ou qui – il se dirigeait … le bonheur, sans doute … la folie, peut-être … une Albertine souriante, espérait-il … ou encore un mélange de tout ça, dont il faudrait bien se dépatouiller !

Finalement, à l’Ouest, toujours rien de nouveau … juste tout et son contraire … et pour longtemps, sans doute !